Éditorial

Le mérite des Chinois

ÉDITORIAL. Mardi 1er octobre, le pouvoir chinois célébrera par un grand défilé militaire les 70 ans de la République populaire. Le temps de s’interroger sur ce qui revient au peuple et à ses dirigeants

Ce qu’ont accompli les Chinois ces 70 dernières années est spectaculaire. Ce par quoi ils sont passés ne l’est pas moins. Lorsque la République populaire fut fondée, le 1er octobre 1949, neuf Chinois sur dix vivaient à la campagne, ils étaient le plus souvent illettrés et leur revenu moyen était de 50 dollars par an. Aujourd’hui, six Chinois sur dix sont des citadins, ils sont largement éduqués et gagnent en moyenne 10 000 dollars par an.

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Des dizaines de millions de morts

Les chiffres ne résumeront jamais une vie, mais ils montrent une évolution vers un mieux-être incontestable. En 2019, la Chine est la deuxième puissance économique et s’impose dans de nombreux secteurs, y compris les technologies d’avant-garde. Une classe moyenne formant un socle de plus en plus large voyage à travers le monde et la très grande pauvreté a presque été éradiquée. Les Chinois ont des raisons d’être fiers de ce qu’ils ont accompli.

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Le bilan du pouvoir qui célèbre ces réussites est beaucoup moins flatteur. S’il peut s’attribuer une part de ces succès, il faut pourtant bien souligner que ce chemin a été en grande partie parcouru malgré les freins d’une dictature dont le principal génie a été jusqu’ici de savoir s’adapter pour survivre. Lorsque, en 1949, Mao Tsé-toung proclame que la Chine s’est redressée, le pays entame une ère de luttes politiques qui se solderont par la mort de dizaines de millions de personnes et un pays en ruine. Les trente années suivantes, en libérant «les forces productives» sous l’égide de la politique de réformes et d’ouverture de Deng Xiaoping, ont favorisé le véritable redressement du pays. Depuis bientôt dix ans, toutefois, sous la houlette de Xi Jinping, les réformes ont bifurqué avec un retour de l’emprise du Parti sur l’Etat et les individus.

Même carcan politique

Si bien qu’en 2019, comme en 1949, la Chine se trouve exactement dans le même carcan politique: un homme fort, une idéologie officielle, un parti unique président aux destinées de 1,3 milliard de Chinois sans qu’ils puissent en contester la moindre parcelle d’autorité, comme on le voit ces jours-ci à Hongkong. La seule évolution tient à l’efficacité de ce contrôle grâce aux nouvelles technologies.

La Chine s’est modernisée sur le plan économique mais fait du sur-place politique. En ce 70e anniversaire, on ne peut que souligner la réussite d’une population et se montrer bien plus réservé sur ses dirigeants.

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