A partir de la fin de septembre 2021, les Allemands devront s’y faire. Angela Merkel ne sera plus leur chancelière. Dans la logique d’une démocratie dynamique, les quasi seize années qu’elle a passées à la tête de la première puissance européenne devraient être une hérésie. Le monopole du pouvoir est rarement un signal de vitalité des systèmes démocratiques. Quand elle fut prise de tremblements incontrôlables lors de cérémonies protocolaires, beaucoup y ont vu la métaphore parfaite de l’usure du pouvoir. C’était aller un peu vite en besogne. Ces symptômes résultaient peut-être du sentiment de porter sur ses seules épaules le poids énorme de la défense des valeurs démocratiques de l’Europe face à un feu croisé d’attaques populistes et nationalistes.

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Angela Merkel n’a peut-être pas été une représentante de la Kanzlerdemokratie, qui s’était traduite par le pouvoir très centralisé et fort du premier chancelier allemand de l’après-guerre, Konrad Adenauer. Elle n’a peut-être pas eu la fibre réformatrice d’un Gerhard Schröder. Mais elle incarne une attitude et des valeurs qui vont manquer aux démocrates de la planète entière.

Depuis quelques années, le monde a vu s’intensifier les théories du complot, a assisté à la destruction en règle de la noblesse de l’acte politique compris comme la défense désintéressée de la «chose publique», a vu la post-vérité contredire les faits et la science et a dû déplorer la montée en puissance de pouvoirs autoritaires. Face à cela, une dame, peu charismatique, déconnectée de la frénésie des réseaux sociaux, a réussi à s’imposer avec humilité mais détermination comme un pilier de stabilité, d’éthique et de raison.

Le profond engagement d’Angela Merkel pour la santé et pour l’OMS traduit ce souci. La santé globale est une condition nécessaire à la paix, à la sécurité et à la prospérité économique. La chancelière reste par ailleurs imprégnée par l’histoire. Face à la Chine, aux Etats-Unis et aux défis d’un monde globalisé, elle en est convaincue: la seule carte que l’Allemagne peut jouer est celle du multilatéralisme, du collectif. Cela traduit une prise de conscience des réels rapports de force géopolitiques, mais aussi une précaution atavique très «merkelienne» de vouloir mettre la puissance croissante de l’Allemagne au service de la construction européenne et de la paix.