revue de presse

Merveilleuse et terrifiante, Brigitte Bardot a 80 ans

BB: une équation unique! Le naturel, la beauté, la fraîcheur. Puis l’incitation à la haine, les animaux supérieurs aux humains, la misanthropie. Retour sur le parcours d’une insoumise (avec galerie photos)

Voilà qui ne nous rajeunit guère. Une semaine après Leonard Cohen, c’est Brigitte Bardot qui enterre sa huitième décennie, ce dimanche 28 septembre. Et alors, demanderont les pourfendeurs de l’aigrie? Alors «je m’en fiche», dit-elle à L’Illustré, qui lui consacre tout de même 10 pages cette semaine, juste avant 7 autres dédiées à la passation de pouvoirs entre son grand ami Franz Weber et sa fille, Vera.

BB, donc, 80 ans révolus. «Des initiales qui ont attisé les fantasmes de plusieurs générations d’hommes. Avec ses cheveux décoiffés, ses pieds nus, ses tenues minimalistes, sa moue boudeuse, ses attitudes nonchalantes, sa franchise à toute épreuve, sa nature insoumise et sa sexualité débridée, Bardot a radicalement bouleversé l’image de la femme, selon L’Avenir belge. […] Consacrée par De Gaulle, qui la reçoit en grande pompe à l’Elysée, «cette jeune femme a une simplicité de bon aloi», disait-il, elle accepte de prêter ses traits au buste de Marianne. Elle est la première artiste à être élue comme modèle.»

Alors aujourd’hui, évidemment, on ne saurait résister à la déferlante qui s’abat sur cette Balance – il faut quand même le dire, pour ceux qui n’y accorderaient soi-disant auune importance. Et défile Saint-Trop’. La Madrague, qui est aussi une chanson, «Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés…»:

Nos frères dits inférieurs, Gunter Sachs, Vadim, une petite cinquantaine de films, la musique qui l’amuse un certain temps… et puis l’éclipse. Après avoir connu un succès qu’aucun artiste français n’avait jamais rencontré. Le monde entier savait qui elle était.

L’«idole des sixties, adorée, haïe, traquée, toujours mal-aimée», qui «a trouvé le réconfort auprès des animaux… et des dadas du Front national». Ecoutez «la fascinante histoire d’une femme libre et outrée», qui ne lit rien des livres qu’on écrit sur elle. Car «je me connais mieux que personne», dit-elle sans nostalgie, en professant au passage «sa haine du genre humain à qui veut l’entendre»: «Non, jamais, je ne regrette rien, je n’ai aucun remords», mais «la célébrité a ruiné ma vie», elle lui «donne la nausée». N’empêche: «Vous n’avez pas fini d’entendre parler de moi», promet-elle à Première.

Une femme syndrome

«Still outrageous, outspoken and controversial» aux yeux du Guardian, elle s’indigne «sans qu’on la croie vraiment». Mais la presse a tout de même inventé une histoire pour elle. «BB est partout, papier glacé, propos glaçants, encore, encore.» Godard qui lui a offert de Moravia le sublime Mépris en 1963, elle le traite d’«intellectuel cradingue et gauchisant» qui la «hérisse». L’islam la «dégoûte» et les Arabes «gangrènent» son pays. Cela lui a valu cinq condamnations pour incitation à la haine raciale. Elle ne se dit pas «recluse» mais «asociale». La France souffre du même syndrome, selon la Frankfurter Allgemeine: hors du monde, amère, haineuse de l’autre, fascinée par le FN.

«Telle est Brigitte Bardot, la plus merveilleuse des femmes et un instant plus tard la plus terrifiante.» D’ailleurs, parodiant la célèbre scène du Mépris où elle demande à Piccoli s’il aime son corps, une journaliste de L’Orient-Le Jour beyrouthin avait imaginé «un dialogue du même tonneau entre BB et Sarkozy»! Mais le seul désir qui s’exprimait là, comme le disait Courrier international en 2012, c’était de siphonner des voix chez Marine Le Pen, «la Jeanne d’Arc du XXIe siècle», celle qui «a une paire de couilles», aime à titrer Le Journal du dimanche:

Extrait:

Bardot: Et Marine, tu la trouves compatible avec la démocratie? Sarko: Oui.– Et les électeurs du FN, tu en penses quoi des électeurs du FN? – Ce sont des Français qui n’en peuvent plus, je les comprends, je ne veux pas les juger.– Et Schengen, tu aimes Schengen? – Avant, oui; là non.– Et les frontières, tu vas les fermer les frontières? – Oui.– Et la burqa, tu l’aimes la burqa? – Non. Je n’aime pas les élites non plus.– Et le système, tu l’aimes le système? – Non.– Et les médias, ils sont avec ou contre toi les médias? – Contre, tous contre.

C’est cela, Bardot: une image tellement éculée, un mythe tellement «écorné et controversé» – comme le dit La Liberté de Fribourg – que tout est devenu permis, surtout à l’ère d’Internet! Mais pas seulement, puisqu’à la télévision, dans le magazine Un Jour, une histoire, elle a avoué à un Laurent Delahousse littéralement envoûté ce mardi «qu’elle était toujours désirée», rapporte Closer: «Valéry Giscard d’Estaing continue de me draguer!» jubile-t-elle, forte de cette misanthropie qui la caractérise si bien, selon L’Express. Pour preuve, cette perle: «Un chien, un chat, c’est un cœur avec du poil autour», en juin 1991, sur TF1.

Les Beatles l’adulaient

Et pourtant, et pourtant… Brigitte Bardot est un mythe. Et le mythe survit: «El mito superviviente», selon l’expression d’El País. «Elle dit détester ce mot. Ne pas le comprendre. Mais elle reste un mythe, pour Vogue Hommes: «Plus qu’une actrice malgré les chefs-d’œuvre […]. Une équation unique. Les Beatles l’adulaient, Warhol voyait en elle la première femme moderne, Duras la surnommait «la reine Bardot», Julien Green saluait son «cœur pur», Barthes la décortiquait, et Cocteau lui attribuait un je-ne-sais-quoi d’inconnu qui «attire les idolâtres d’un âge privé des dieux». Des centaines de millions d’hommes ont fermé les yeux en rêvant à Bardot.» Bardot nue sur la plage. Bardot sur une moto:

Bardot chantant toujours un peu faux. Ou très faux, comme ici, dans ce pur chef-d’œuvre, emblématique – avec «Je t’aime moi non plus» et «Initials B. B.», qui signe en Andalousie la fin de leur brève et torride histoire, résumée dans Brigittebardot. canalblog.com:

(Parenthèse privée, de total mauvais goût, mais autorisée par le hasard du calendrier: je penserai à vous, Madame, et au nom susurré de la ville, ce lundi 29 septembre, lorsque j’atterrirai à Almería.)

Challenges, pour sa part, varie l’angle de vue en interrogeant son biographe, Yves Bigot, pour qui «elle s’est ingéniée à décourager tous ceux qui auraient pu l’enrichir. […] Elle a refusé pratiquement tous les contrats les plus mirobolants qui lui ont été proposés. Le premier d’entre eux, c’est la Warner qui lui a fait un pont d’or alors qu’elle était encore inconnue […]. Elle avait un rôle très secondaire dans un péplum de Robert Wise: Hélène de Troie, tourné en Italie. Elle jouait le rôle d’une esclave. Mais les producteurs ont été bluffés par son naturel, sa beauté et sa fraîcheur. Elle a refusé de partir aux Etats-Unis. Trop loin, trop dangereux… elle ne voulait pas perdre sa liberté. Et puis surtout, elle ne voulait pas quitter Vadim.»

Clins d’œil

Cela dit, on peut «imaginer» maintenant «que le business autour de BB sera décuplé à sa disparition. […] Ceux qui hésitent aujourd’hui auront moins peur de se faire engueuler. D’autant que son décès renforcera son statut d’icône et gommera les aspérités de la femme de caractère.» Et «marinière, corsaire, ballerines, vichy et choucroutes» resteront ces «marqueurs de la mode dont les couturiers s’inspirent, à l’image de Diane Von Furstenberg qui a multiplié les clins d’œil à Bardot dans sa dernière collection présentée à New York, début septembre», lit-on dans L’Essentiel luxembourgeois.

Et Dieu… créa la femme… Le titre du film de Vadim est repris aujourd’hui à toutes les sauces. «E Dio creò Brigitte Bardot», écrit La Repubblica. L’anniversaire est une bonne affaire: Le Figaro résume tout ce qui se prépare ou qui est déjà sorti. Quant à Schnock, «la revue des vieux de 27 à 87 ans», elle a consacré entièrement son 11e numéro à la star! La star qui fut aussi noiraude – retournons pour cela à la merveilleuse et terrifiante bande-annonce du Mépris:

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