Au XVIe siècle, on se posait le plus sérieusement du monde la question de savoir comment soigner la peste noire sans défier la colère divine. La pandémie était reçue comme une punition du ciel, une fatalité qui confinait presque à la purification des péchés. On se gausse volontiers de cette époque où l’on menait des procès aux sauterelles et aux parasites vecteurs de maladies. Les temps ont changé, l’Eglise fait preuve d’une certaine modernité. Jusqu’ici, pangolins et chauves-souris ont échappé à la préventive.

Malheureusement, on n’est pas épargné par les néo-obscurantistes. Ceux-là que l’on attendait le moins, qui se proclament la voix de la science. Dominique Bourg, philosophe et ancien professeur de l’Université de Lausanne, nous explique dans une grande interview donnée au Temps que le coronavirus serait une espèce d’avertissement de la nature. Pour les pauvres hères qui sont tombés malades, jusqu’à en mourir parfois, ce n’est vraiment pas de bol. Ils ont reçu le message de Gaïa, qui «révèle l’interface violente entre nos sociétés et les systèmes naturels qu’elles ont dégradés». Bref, on ne l’a pas volé, nos sociétés récoltent ce qu’elles ont semé.

Délire animiste

Derrière ce délire animiste new age se cache une misanthropie détestable. Les extrémistes de l’écologie politique, ceux qui nous promettent le grand effondrement, voient dans le coronavirus un allié, à court terme, qui nous permet de réfléchir. Un soutien qui a déjà mis en œuvre une bonne partie de leur projet: les avions sont cloués au sol, les usines ralentissent, les voitures ne circulent plus. On ne pollue plus. On décroît. On recule. A toute vitesse.

Mais le bilan humain de la crise est catastrophique. En vies emportées, qui se comptent déjà en centaines de milliers. En emplois détruits. En richesses gâchées. En prospérité annihilée. En qualité de vie. Il faut vraiment détester ses semblables pour se réjouir de la crise que nous traversons.

A croire les sciences expérimentales, notre planète et la «nature» ne sont pas dotées d’une conscience propre. Elles n’ont pas d’opinion dont elles nous feraient part. Ni la foudre, ni les virus, ni les tremblements de terre ne sont l’expression d’un soutien ou d’un rejet d’un système politique ou économique. Et l’humanité a le droit, sans doute même le devoir moral, de tout mettre en œuvre pour se préserver de ces fléaux.


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