Editorial

Le message des missiles

EDITORIAL. En s'en prenant à trois sites en Syrie, les Occidentaux ont-ils montré leur détermination? Ou plutôt leurs faiblesses face à ce conflit?

Cent missiles valent-ils mieux qu’un seul? Les engins envoyés samedi en Syrie avaient beau être «intelligents», comme l’avait fanfaronné au préalable Donald Trump, faute de toute autre perspective, c’est par dizaines que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni les ont fait déferler en pluie pour détruire… trois sites, supposément liés au programme syrien d’armement chimique.

Ce déchaînement de puissance «intelligente» réussira-t-il à convaincre le régime syrien de cesser d’utiliser, avec le soutien de la Russie, des gaz chimiques contre sa propre population? Ce n’est pas encore clair, tant la première réaction de Damas et de Moscou a consisté à barrer la route aux inspecteurs internationaux censés se rendre à Douma pour enquêter sur les lieux où s’est produite l’attaque chimique à laquelle répondait la coalition occidentale.

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Agir de manière «significative», mais sans pratiquement rien toucher; envoyer un «message clair», à Bachar el-Assad et à Vladimir Poutine, mais ne s’en prendre ni à l’un ni à l’autre, même de manière «collatérale»… Si les frappes des trois alliés avaient une signification, c’est surtout celle de leur extraordinaire impuissance et de la terreur que provoque chez eux l’idée de se voir aspirés dans les méandres de cet «endroit troublé» qu’est devenu le Moyen-Orient, pour reprendre encore les mots de Donald Trump.

Pseudo-démonstration de force

Cent missiles n’y pourront rien. Faisant mine de croire à la puissance de son message, la France s’empressait de prôner des négociations de «bonne foi» avec la Russie, semblant presque lui lancer ainsi un appel désespéré. Quant aux Etats-Unis, ils démentaient sans sourciller le président français lorsqu’il affirmait avoir «convaincu» Donald Trump de ne pas retirer ses «guerriers» de Syrie.

Les prochaines batailles auront pour nom Deraa ou Idlib, les derniers bastions de l’opposition qu’il reste au régime syrien à conquérir dans le sang. Au passage, les Occidentaux ont démontré à quel point cette guerre syrienne divise leur opinion publique et les soutiens dont disposent, particulièrement en Europe, les «régimes forts» d’Assad ou de Poutine, comme l’ont notamment démontré les réactions à Westminster au discours de la Britannique Theresa May. Bien davantage que garantir l’intangibilité de la «ligne rouge» que représente l’usage d’armes chimiques, cette pseudo-démonstration de force aura surtout servi à montrer l’espace considérable dans lequel peut se poursuivre, sans encombre, le massacre qui se déroule en Syrie.

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