Éditorial

Messieurs les Anglais, tirez (enfin!) les premiers…

ÉDITORIAL. L’idée de fixer une date butoir pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est en train de voler en éclats. Faut-il risquer de mettre l’économie communautaire en péril pour un ultime coup de bluff de Boris Johnson? Une autre idée mériterait d’être étudiée: celle de la conditionnalité d’un nouveau report

Le Royaume-Uni doit avoir quitté l’Union européenne au 31 octobre 2019. Or cette date butoir, défendue par Emmanuel Macron devant ses pairs en avril à Bruxelles, prend désormais aussi l’allure d’un dangereux couperet pour les 27 Etats membres. Certes, les conséquences économiques d’une sortie sans accord – du moins celles que l’on peut envisager et répertorier – seront d’abord dévastatrices pour Londres. Mais si le «no deal» l’emporte, imposé in fine par la surenchère cynique d’un Boris Johnson, personne ne peut prédire l’intensité de l’onde de choc sur le continent. La Suisse, dont l’UE est le premier partenaire commercial, se trouvera également affectée si d’importants désordres devaient survenir des deux côtés de la Manche.

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Vu l’ampleur du risque, la question du calendrier doit donc de nouveau être posée. Le 31 octobre, après tout, est une date avant tout politique. Elle ne correspond à rien d’autre qu’à l’entrée en fonction, le lendemain, 1er novembre, de la nouvelle Commission européenne présidée par l’Allemande Ursula von Der Leyen. Laquelle aura, de toute façon, besoin de quelques semaines pour mettre en œuvre ses grandes priorités. Repousser raisonnablement cette échéance ne pose dès lors pas de problèmes majeurs. Rappelons que les deux ans prévus par le traité européen pour sortir de l’Union, après activation de son article 50, ont de toute façon expiré. C’est le 29 mars 2017 que Theresa May avait officiellement invoqué cette clause, avant de solliciter un nouveau délai en mars dernier.

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La question – et la Suisse, pays tiers champion des négociations interminables avec Bruxelles, a de l’expérience en la matière – est de comprendre si ce report a un sens politique. Or aujourd’hui, la réponse est oui. Il serait logique, voire souhaitable, de faire savoir haut et fort aux citoyens britanniques déboussolés que l’UE - son accord négocié le prouve -  ne cherche en aucun cas à acculer le Royaume-Uni à un «no deal». Composée d'Etats souverains ayant librement décidé de s'associer, l'Union européenne s'honorerait de permettre aux anglais, en paraphrasant Voltaire, de «tirer les premiers» en entrouvrant la porte, par exemple, à une année de plus que les deux prévues par le traité, soit jusqu'en mars 2020. En exigeant en retour du parlement de Westminster la promesse du paiement des 40 milliards d’euros que le Royaume Uni, Etat membre sortant, doit aux vingt-sept. Le Brexit est un divorce trop sérieux pour être, un mois et demi avant l'actuelle date butoir fatale, laissé aux mains de Boris Johnson et de son clan de politiciens prêts au pire. 

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