Editorial

La méthode Obama

Le faucon John McCain, candidat malheureux à la présidentielle de 2008, accuse la Maison-Blanche de saper l’autorité de l’Amérique par sa politique étrangère insuffisamment musclée, quasi pacifique. Il la somme de livrer des armes aux forces ukrainiennes.

Au moment où il entame une tournée européenne cruciale consacrée surtout à l’Ukraine, le président américain n’est pas près de suivre des conseils aussi irresponsables. Jusqu’ici, il a plutôt montré le visage d’une première puissance mondiale déterminée à ne pas laisser Moscou annexer la Crimée en toute impunité, mais qui insiste aussi sur la nécessité de «désescalade» par la diplomatie. Barack Obama se souvient que l’étranger proche est une notion familière aux Etats-Unis. En 1983 et 1989, l’Amérique de Reagan et de Bush père n’envahissait-elle pas Grenade et Panama au nom d’une version modernisée de la doctrine Monroe? Aussi, les sanctions économiques évolutives contre le cercle rapproché de Vladimir Poutine et la suspension de la Russie du G8 apparaissent-elles comme une riposte proportionnée, car elles ne représentent pas un point de non-retour.

Contrairement à ses prédécesseurs, Bill Clinton et George W. Bush, Barack Obama semble user avec la plus grande prudence de l’arme de l’OTAN, dont l’extension à l’est a nourri l’amertume d’un Vladimir Poutine revanchard. Ce n’est sans doute pas un hasard si le premier ministre ukrainien, Arseni Iatseniouk, à peine sorti de la Maison-Blanche, s’est empressé de déclarer que son pays n’envisageait plus une adhésion à l’Alliance atlantique. A cela s’ajoute la déclaration de Barack Obama qu’il était hors de question de mener une «excursion militaire» en Ukraine.

Pour le président démocrate, la confrontation avec une Russie qui reste un partenaire nécessaire dans les affaires mondiales, n’est pas dans l’intérêt de Washington.

Mais les efforts de la Maison-Blanche ne sont pas le garant d’une sortie de la crise. Il suffit que la situation en Ukraine se détériore de façon dramatique pour emmener le continent sur un champ qu’il ne pensait plus devoir occuper un jour: celui de la guerre. Pour l’historien Stephen Cohen, la mobilisation de troupes de l’OTAN à la frontière polono-ukrainienne pourrait mener la Russie et l’Amérique «à deux pas d’une crise similaire à celle des missiles de Cuba».