Revue de presse

Avec #Metoo, les femmes harcelées passent d’Internet à la rue

Du virtuel au réel. Après l’affaire Weinstein et les hashtags dédiés, des centaines de femmes (et d’hommes) avaient rendez-vous à Paris et à Berlin pour que la condamnation des violences sexuelles aille au-delà des réseaux sociaux et des milieux du showbiz

Des centaines de personnes se sont réunies dimanche à Paris et dans plusieurs grandes villes de France – Marseille, Lyon, Nantes, Rennes, Besançon, Toulouse, Montpellier, Amines, Bordeaux, Clermont-Ferrand… – pour dénoncer le harcèlement, les agressions et les violences sexuelles. La mobilisation s’inscrit dans le sillage des témoignages publiés sur les réseaux sociaux. Mais cela «aurait été dommage que ça ne dure que quelques jours sur Twitter», dit un témoin à RMC/BFMTV, l’objectif était de «donner une existence palpable à un phénomène né sur Internet. Et l’inscrire dans la durée.»

«Justice pour les femmes», «Ensemble, brisons le silence» ou «Harcelée c’est non», pouvait-on lire sur les pancartes des participants, principalement des femmes. Ces rassemblements répondaient à un appel lancé notamment sur Facebook par Carol Galand, journaliste au magazine de «voyage utile» QOA et animatrice du blog «Un matin, un machin».

Un «phénomène minimisé»

La démarche a pour but de «montrer à ceux qui ne sont pas sur Facebook» ou d’autres réseaux sociaux «l’ampleur de ce phénomène injustement minimisé», qui fait «des milliers» de victimes. «Il faut qu’on grignote peu à peu notre droit à exister dans l’espace public», a déclaré Carol Galand à Reuters TV lors du rassemblement organisé place de la République à Paris. C’est d’autant plus nécessaire, sans doute, que beaucoup de femmes n’osent pas se «dévoiler» sur les réseaux, comme on peut le voir dans un témoignage assez poignant sur Madmoizelle.com.

Après les accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles portées par des actrices contre le magnat de Hollywood Harvey Weinstein, et dans le sillage de celles visant Tariq Ramadan, de nombreuses femmes ont révélé sur les réseaux sociaux les violences sexistes qu’elles subissaient dans leur vie privée ou sur leur lieu de travail. Des déclarations accompagnées notamment des hashtags #metoo (moi aussi) et #balancetonporc. En somme, avec toutes ces manifs, ces mots-dièse «ont pris vie», selon l’expression de France Culture.

Comme le relève Libération, une manif #MeToo a aussi eu lieu à Berlin. Une des participantes, Magdalena, confie avoir «beaucoup réfléchi à son quotidien de jeune femme. De ces heures passées à songer au sujet est née une sourde colère. Elle en a déduit que sa vie ressemble à un parcours jonché de réflexes d’autoprotection, de mises en garde et de craintes. Elle ne le supporte plus»: «J’ai peur de marcher la nuit à Görlitzer Park, par exemple. Je marche vite et les bras croisés pour faire croire que je suis un homme baraqué. J’ai parfois peur de me mettre en jupe.»

Il y avait «quelque chose de la Women’s March» du 21 janvier 2017 dans cette manifestation, estime Libé, qui l’a trouvée très ressemblante à celle du jour de l’investiture de Donald Trump, lorsque «des milliers de femmes avaient défilé dans les capitales du monde entier». On y retrouvait «des codes visuels […] comme les «pussy hats», ces bonnets roses anti-Trump; ou des pancartes vigoureuses et anglophones de type «Pussies Grab Back», «Destroy the Patriarchy», «If You Sexist Me, I Will Feminist You».

«Ça galvanise, ça donne de la force»

Au cœur de la capitale allemande, elle aimerait «bien avoir le courage d’en parler», Lisa. Alors, elle dit que «se retrouver ici, dans la rue, et marcher avec d’autres personnes, bref, donner une existence physique à tout cela, ça galvanise, ça donne de la force». Et il y avait, en Allemagne comme en France, des hommes. Parmi eux, Änias «explique que d’ordinaire, on le retrouve plus volontiers dans les défilés antifascistes et anticapitalistes. Mais voilà, Änias se définit comme féministe, et il est venu ici parce qu’il voudrait bien que ce sujet soit évoqué de manière plus systématique et par tout le monde, et que ce ne soit pas juste un mème partagé sur les réseaux sociaux.»

Selon Carol Galand, «aujourd’hui, oui, les femmes, parce qu’elles sont ensemble […] se sentent prêtes à témoigner, se sentent prêtes à se mobiliser ensemble». Et si la manifestation parisienne «se voulait avant tout destinée aux femmes, de nombreux hommes ont également répondu à l’appel». Pour certains, «pas question de rester en retrait», comme l’indique Le Figaro Madame.

Cette présence masculine «avait suscité de nombreux débats sur la page de l’événement Facebook – étaient-ils les bienvenus? –, mais elle réjouit et rassure les participantes au final». Il faut dire aussi que, comme le montrait dimanche soir un passionnant reportage de l’émission Mise au point sur la RTS, il existe aussi des cas de harcèlement visant des hommes. Très minoritaires, certes, mais oui, ça existe.

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