Désormais, tous les samedis, notre correspondante aux Etats-Unis nous raconte une tranche de vie américaine, l'un de ces instantanés qui résument un pays.

On y trouve de tout. Entre le gars qui vend ses parfums à moitié périmés et asperge les femmes d’un wagon entier dans l’espoir de vendre sa camelote, les jeunes qui improvisent quelques mouvements de hip-hop, le père de famille toxico qui espère grappiller des sous ou la foldingue qui avertit, les yeux exorbités, que la fin du monde approche et qu’il vaut mieux être en paix avec Jésus, il se passe toujours quelque chose dans les métros new-yorkais. Même quand il ne s’y passe rien.

Le boom des «emotional pets»

La diversité des gens est fascinante. Les coupes de cheveux, les attitudes, les regards, aussi. Non, vraiment: les habitués ont beau pester contre les retards, les longs trajets ou les travaux qui chamboulent les lignes pendant les week-ends, passer des heures dans les subways est presque devenu un hobby pour moi. Ce concentré de vie(s) est idéal pour trouver de l’inspiration. D’ailleurs, les métros ne sont pas uniquement remplis de gentils cinglés, de paumés ou de pendulaires passifs, écouteurs aux oreilles et gros gobelet de café à la main. Ils sont aussi truffés de gens particulièrement créatifs. Et les plus imaginatifs ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Ce sont souvent des propriétaires de chien.

Dinde, opossum ou araignée

Aux Etats-Unis, les animaux sont rois. On frise d’ailleurs souvent l’irrationnel: le boom des emotional pets engendre des abus. Sous prétexte que votre animal est d’un immense soutien psychologique, vous pouvez l’emmener assez facilement avec vous dans l’avion, et en plus gratuitement. Invoquez des troubles psys, une profonde tristesse, et hop, votre cochon préféré, celui censé vous apaiser, s’envole avec vous. Quand ce n’est pas une dinde, un opossum ou une araignée – aucun de ces exemples n’est fictif.

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Des harnais sur le ventre

Mais revenons à nos métros new-yorkais. Pour éviter qu’ils ne se transforment en arche de Noé, les règles ont été durcies. Depuis 2017, les animaux, exceptés ceux qui ont une noble mission comme les chiens policiers, sont interdits. Sauf s’ils tiennent dans une cage ou un sac. Et c’est là où l’inventivité des New-Yorkais relève du génie: ils prennent cette petite phrase à la lettre. La taille des besaces cache-chiens n’étant pas spécifiée, ils n’hésitent pas à porter leurs amis à quatre pattes dans des sacs à dos ou sur le ventre, comme des bébés. L’autre jour, un gros bouledogue français, la langue bien pendante, avait même l’air de trouver plutôt drôle d’être, dans son harnais, collé contre sa patronne.

Sur les réseaux sociaux, des photos cocasses circulent. La palme de la malice revient à cet homme, avec un grand sac bleu Ikea à l’épaule, dans lequel il a réussi à enfiler son… immense husky. Si le tout nouveau Musée du chien qui vient d’ouvrir à Manhattan est en mal d’expositions originales, au-delà de la rétrospective des chiens de Hollywood et des chiens de présidents, il pourra, assurément, trouver de l’inspiration dans les métros. On vous l’avait dit: on y trouve vraiment de tout.