La guerre entre les «religions de la paix»

Les meneurs – les meneuses n’existant pas dans la plupart des religions, surtout celles du Livre – continuent à proclamer à haute voix, comme ils le font depuis des siècles, que leur religion n’est que paix. C’est faux.

Ce n’est pas ce qui est écrit dans les livres sacrés qui constitue la religion mais la manière dont les gens la pratiquent, selon les interprétations variées, imposées à eux par les leaders religieux. Deux interprétations diamétralement opposées de la pratique de l’islam, qu’on peut lire dans Le Temps du 27 janvier 2015, accentuent les feux rouges que nous continuons à ignorer.

Nous oublions que les religions du Livre ont leur origine dans les guerres entre petites tribus, suivies des massacres commis par les Romains, les conquêtes sanglantes par les Arabes nouvellement islamisés, les croisades, et la colonisation du monde entier, ou presque, par la ferveur aiguisée des chrétiens. Il faut retenir que pendant les deux siècles passés, il y a eu des accords après les guerres, l’Holocauste, les génocides, l’extermination et la domination, en vue d’une stabilité politique et commerciale; mais jamais, jamais, un accord n’a été rédigé pour régler les conflits religieux.

Les guerres religieuses persistent, tuant majoritairement des croyants. Combattre les extrémistes religieux de l’extérieur n’a jamais été une solution car ils suivent l’interprétation la plus rigoriste de l’enseignement du Livre. Les extrémistes, ainsi que la majorité des gens qui mènent leur vie honnêtement, sont les produits de la même communauté.

En conséquence, la solution du problème est inhérente à cette communauté. Toutes les autres mesures sont momentanées et malheureusement inefficaces, sauf pour sauver quelques vies. Dans ce sens, les arguments polémiques entendus dans l’émission de la RTS (Infrarouge 27.01.2015) n’ont rien apporté de nouveau et le débat était infructueux.

Heureusement, la majorité du monde chrétien s’est extrait de l’emprise des dogmes religieux. Grâce à l’éducation actuelle, les gens ont intégré les valeurs fondamentales de la religion dans les affaires d’Etat et dans la société, et même dans leur comportement personnel.

A ce titre, je ne serais pas trop loin de la vérité si je disais que la Suisse en a pris la tête. Le célèbre théologien et savant Hans Küng ne dit pas pour rien qu’on ne peut pas avoir la paix entre les nations avant qu’on ait la paix entre les religions. La Suisse recueille les rescapés des guerres monstrueuses de toutes les croyances, elle les héberge et les nourrit. C’est le geste le plus religieux et il n’a pas de nom. Est-ce qu’un jour viendra où les gens des autres pays feront la même chose et deviendront véritablement religieux?

Ceux qui continuent à dire que la situation humanitaire choquante au Moyen-Orient n’est pas liée à la religion sont des menteurs, parce qu’ils refusent d’accepter que c’est la communauté entière, composée d’extrémistes et de modérés, qui compose et représente la religion. Tout le reste n’est que théorie. Si la communauté ne veut pas ou ne peut pas mettre à jour ses livres sacrés, aujourd’hui désuets, en utilisant la connaissance que nous avons acquise en quantité extraordinaire, il est quasiment impossible d’arrêter la guerre entre les religions de la paix. Qui va suivre le conseil sage de Reinhard Schulze ( lire Le Temps du 29.01.2015 )?

Les êtres humains n’ont pas de honte, il est dans leur nature d’aimer la boucherie. Une personne qui peut défaire ce nœud gordien et trouver une solution pour avoir la paix religieuse sera mon prophète, si je suis encore en vie. Autrement sauve qui peut, au moins pendant ce siècle!

Ceux qui continuent

à dire que la situation humanitaire au Moyen-Orient n’est pas liée à la religion sont des menteurs