Le doute n’est plus guère permis. Après la publication de l’enquête néerlandaise sur la destruction du vol MH17 de la Malaysia Airlines, en juillet 2014, la responsabilité de la Russie dans ce crime est plus que jamais engagée. Bien sûr, on ne sait toujours pas qui au juste a tiré le missile BUK qui a filé vers l’avion à 2500 km/h avant de cribler d’éclats son cockpit et son équipage. Mais le rapport d’enquête délimite le périmètre d’où l’arme a été tirée. Il se situe en plein territoire séparatiste pro-russe, à quelques kilomètres de la frontière avec la Russie. En juin 2014, ce périmètre était déjà aux mains des miliciens soutenus par Moscou. Il est extravagant d’imaginer des militaires ukrainiens se glisser sans être vus dans ce lieu hostile, avec un blindé lance-missiles, à seule fin d’abattre un avion civil pour incriminer le Kremlin et ses alliés.
Les tentatives russes d’enfumer l’enquête sont tout aussi éloquentes. «It’s the cover-up that gets you», dit une vieille maxime journalistique – ce sont les tentatives de couvrir ses traces qui désignent le coupable. Moscou a avancé la piste d’un avion de combat ukrainien qui aurait abattu le MH17, hypothèse démentie par les fragments de missile retrouvés dans les corps de l’équipage. Le fait que le fabricant russe du BUK ait ensuite monté une enquête parallèle pour discréditer celle des Néerlandais n’est pas plus glorieux.
La seule question qui vaille désormais est de savoir qui, de l’armée russe ou des séparatistes, a tiré le missile assassin. Il faut, surtout, mesurer les conséquences que cette affaire va entraîner pour la Russie et ses relations déjà dégradées avec l’Occident. Le plus simple serait que Moscou reconnaisse sa responsabilité, comme l’URSS l’avait fait après avoir abattu un Boeing sud-coréen, en 1983, ou les Etats-Unis après avoir détruit un Airbus iranien en 1988. Mais l’attitude russe des derniers mois exclut un tel aveu à court ou moyen terme. L’ombre du MH17 continuera donc de planer partout où la Russie voudra projeter sa puissance: son action sera accueillie avec méfiance et suspicion. Il faudra aussi compter avec les plaintes que les familles de victimes ne manqueront pas de lancer contre les destructeurs du MH17. Leur effet probable sera d’enfoncer un peu plus la Russie dans le rôle, triste et indigne d’elle, de paria international.

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