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Avec Michaël Youn, on va danser le mia

Michaël Youn travaille sur un projet adapté du tube de IAM. Là où l’on souhaiterait une approche sociologique du rap, on risque de se retrouver avec une comédie potache

Lomepal, ce rappeur qui est en train de s’imposer comme un des chefs de file de la nouvelle scène française, est né en décembre 1991. Huit mois auparavant arrivait dans les bacs, comme on disait avant l’ère du streaming tout-puissant, … de la planète Mars. Premier album du collectif marseillais IAM, il fait partie des enregistrements fondateurs du rap francophone avec Authentik et Qui sème le vent récolte le tempo, publiés par Suprême NTM et MC Solaar la même année, tout comme Le VIe sens des Lausannois de Sens Unik. Le début des années 1990, c’est pour les ados fans de rap la préhistoire de la scène hip-hop, une période faste qui verra les musiques urbaines – nées dans les ghettos américains une douzaine d’années auparavant – quitter les milieux alternatifs. Mais c’est aussi un passage obligé.

Le 9 novembre 1993, tandis que le rap américain était dynamité par le premier essai du Wu-Tang Clan, sorti la veille, IAM dévoilait son deuxième album, l’ambitieux Ombre est lumière. On y trouve ce titre d’une force sidérante, J’aurais pu croire, dans lequel Akhenaton et Shurik’n s’attaquent à Bush père et à sa politique ségrégationniste, à Saddam Hussein «manipulant les esprits à la guerre sainte», à Israël chassant les Palestiniens de leur terre, à la politique coloniale de l’Occident. Avant que le rap ne soit détourné de ses racines revendicatrices par un tropisme égotiste, il était massivement politisé.

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Un film basé sur un voyage temporel

Ce n’est néanmoins pas ce morceau qui est soudainement réapparu cette semaine sur les fils d’actualité, mais Je danse le mia. La raison? Il va être adapté au cinéma, a révélé Le film français. Le tube est en train d’inspirer un projet de film racontant le voyage temporel d’un rappeur marseillais des années 1980 propulsé en 2019, promesse d’un choc musical et esthétique lorsqu’il découvrira que la scène hip-hop a supplanté la pop et s’est offert une respectabilité. Amusant? Peut-être, si ce n’est que ce projet est lancé par le trublion Michaël Youn, d’où l’impression déplaisante que le résultat sera plus proche de la comédie potache que du drame sociologique.

Mais à l’heure où la génération qui a toujours connu le rap devient adulte, les projets jouant sur la fibre nostalgique des millennials curieux du monde d’avant internet devraient logiquement se multiplier. Espérons juste que le cinéma français arrive à délaisser ses gauloiseries habituelles pour produire un film de la trempe de Straight Outta Compton, sur les pionniers californiens N.W.A. Je ne serais personnellement pas contre un biopic autour de la figure de Patrick Duteil, alias Sidney…


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