Conversation

Michel Onfray, le philosophe qui déteste les trottinettes

Le fondateur de l’Université populaire de Caen se fait moquer sur les réseaux sociaux après sa diatribe sur l’infantilisation de la société. Pour s’affranchir des médias traditionnels, l’essayiste a lancé lundi sa WebTV. On n’est jamais mieux servi que par soi-même

Imaginez le scandale que serait aujourd’hui l’affaire Louis Althusser, ce philosophe qui étrangla sa femme en février 1980, dans une crise de démence. Ou les gifs que pourrait inspirer Jacques Lacan en séance de gymnastique, gesticulant comme un sémaphore détraqué (selon un délicieux portrait de Jean Cau). Ou encore les commentaires que susciteraient les ongles interminables, en spirale, de Gilles Deleuze. Heureusement pour eux, aucun de ces penseurs charismatiques n’a connu les réseaux sociaux. Ils ont joui d’une certaine discrétion, de cet entre-soi qui protège des scandales publics et participent au culte de la personnalité.

Pour échapper «au culte de la petite phrase»

En 2016, la vie des philosophes est plus difficile. Observés, contestés, ridiculisés, ils doivent faire avec un monde qui les met en vitrine et qui ne leur pardonne rien de leurs lubies ou erreurs. Certes, quelques-uns recherchent cette notoriété, comme BHL, par exemple, qui ne manque pas une occasion de se mettre en scène dans des poses avantageuses. D’autres se font piéger, comme Alain Finkielkraut revenant de Nuit debout. Qu’a-t-on retenu de son escapade? Son fameux «gnagnagna» lancé à la tête d’une fille qui ne voulait pas qu’il vienne place de la République. Il l’a reconnu lui-même avec humour, sa mésaventure l’apparente plus à Nabilla qu’à Socrate.

C’est pour échapper à ces curées, «au culte de la petite phrase» et aux snipers que Michel Onfray avait décidé d’une retraite médiatique, après la série de malentendus engendrés par ses propos sur l’islam. Mais, le fondateur de l’Université populaire de Caen n’a pas tenu longtemps. Mercredi dernier, il était l’invité d’Anne Roumanoff dans l’émission «Ça pique, mais c’est bon» sur Europe 1:

Il s’est en pris aux trottinettes comme signe de l’infantilisation de la société: «Quand je vois ces grands adultes sur des trottinettes avec des shorts, des chaussures de sport, des écouteurs, des tatouages partout comme ce qu’on faisait dans le temps avec des faux tatouages Malabar sauf que là ce sont des vrais, hélas, je me dis qu’effectivement il y a une infantilisation qui me déplaît.» Les réseaux s’en amusent encore, notamment «Présentoir de livres»:

Pourquoi alors revenir? Parce que Michel Onfray ne vit pas dans une tour d’ivoire, qu’il aime commenter ce qui se passe autour de lui, participer au débat public, dénoncer les impostures, influencer, convaincre, prêcher, et qu’il avait une raison de squatter les médias en ce début septembre: promouvoir sa nouvelle Web TV sur son site internet, décrite comme un «média libre, indépendant et autonome». Mais surtout entièrement dédié à l’auteur du Traité d’athéologie qui a désormais sa marque et son logo, une paire de lunettes carrées. On y trouve toutes ses conférences, toutes ses prises de parole publiques, toutes ses publications et tout son agenda. Le site sera payant – 40 euros par an – dès le 12 septembre:

Plus interactif, l’onglet «Questions/réponses» permet d’interpeller directement le philosophe. Elles peuvent être intimes («Etes-vous heureux de vivre?»), politiques, philosophiques, mondaines («Irez-vous voir le film de BHL?») ou d’actualité comme «Macron, piège à cons?». A cette question, Onfray répondait en mai qu’il était curieux «du fait du parcours philosophique» du nouveau venu en politique. Lundi, au micro des Grandes Gueules sur RMC, il a mis en doute le cursus de l’ex de Bercy, et l’a tué d’une de ces petites phrases qu’il reproche tant aux autres médias: «On dit qu’il a été l’assistant de Paul Ricœur, je crois qu’il a dû corriger les épreuves d’un de ses livres.»

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