En temps normal, la grossesse n’est déjà pas une sinécure. Mais en pleine pandémie, c’est un véritable saut d’obstacles. La femme enceinte, déjà malmenée par les hormones et les questions existentielles, suffoque sous le poids du doute. Est-il bien raisonnable d’attendre un enfant alors qu’aller faire ses courses représente un risque sanitaire? Et surtout, ce fœtus qui grandit, ce bébé qui grossit, sera-t-il en bonne santé si j’attrape le coronavirus?

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A ces questions inquiètes, les professionnels ont d’abord répondu de manière rassurante, en expliquant que, selon les données récoltées au fur et à mesure, le Covid-19 ne semblait pas avoir d’impact sur les nouveau-nés. En ajoutant qu’il fallait attendre quelques mois pour avoir des certitudes. Rassurée, la Confédération n’a entendu que la première partie du message et a exclu les femmes enceintes de la catégorie des personnes vulnérables nécessitant des mesures de protection renforcées (ordonnance 2 Covid-19).

Concrètement, cela veut dire que, malgré le confinement, un employeur peut obliger une caissière ou une infirmière enceintes à venir travailler en pleine épidémie. Contrairement à la France, au Royaume-Uni ou à l’Espagne, qui les ont placées sur la liste des personnes à protéger en priorité, surtout au troisième trimestre de la grossesse.

La Suisse, un pays où l’on est censé travailler jusqu’à l’heure précédant son accouchement, s’est donc pincé le nez lorsqu’il a fallu appliquer le fameux principe de précaution. Et a fait ce qu’elle fait souvent: ne rien décider. Laisser les femmes enceintes se débrouiller seules avec leurs craintes… et leur patron.

Le problème, c’est que plusieurs études montrent désormais que le coronavirus peut contaminer le placenta, cet organe qui irrigue et nourrit le bébé tout au long de la gestation. Ces cas restent rares, mais ils font planer la possibilité que le petit à naître ne soit pas totalement hermétique au virus. D’autres études montrent aussi qu’en fin de grossesse les femmes ont plus de risques d’avoir des problèmes respiratoires si elles l’attrapent.

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Dans nos pages, un collectif de soignantes réclame donc que ces femmes soient mieux protégées par la loi et par le droit du travail, en cas d’épidémie. Il ne s’agit pas d’être alarmiste ni de cloîtrer ces futures mères à la maison. Mais simplement de considérer qu’étant donné leur situation elles sont plus vulnérables. Et que préserver leur santé, ainsi que celle de leur enfant, est une priorité nationale. La députée verte Sophie Michaud Gigon vient d’interpeller le Conseil fédéral sur le sujet. Nous attendons sa réponse avec impatience.

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