Editorial

L’UDC et les stars, un tournant stratégique

Roger Köppel, Magdalena Martullo-Blocher: l’UDC se tourne vers des stars médiatiques et économiques, avec une forte tonalité dynastique, pour aborder les élections fédérales de l’automne. C’est un tournant dans la stratégie du parti.

Depuis que Christoph Blocher en a pris les commandes, la vedette de l’UDC, c’était lui et rien que lui. Pour donner au parti une assise nationale, il a recouru à la stratégie de la migration de masse. Elle consistait à faire migrer l’électorat des autres partis, notamment du PLR et du PDC, vers l’UDC et à s’attirer les faveurs du camp des abstentionnistes. Au fil des années, l’UDC a créé des sections dans tous les cantons. La Suisse romande lui a été très utile, car elle lui a permis d’étendre sa toile de ce côté-ci de la Sarine lorsque la marge de progression s’est réduite ailleurs.

L’UDC est devenue, en nombre, la plus grande formation du pays. Mais elle souffre toujours d’un déficit de personnalités capables de lui permettre de franchir le cap suivant: le pouvoir exécutif. Christoph Blocher a tant occupé la place de leader incontesté que peu de notables ont émergé à côté de lui. Parmi les rares porteurs d’espoir, il y a eu l’industriel Peter Spuhler, mais il a fini par se détourner de la politique. En 2011, Christoph Blocher a tenté d’imposer le banquier Thomas Matter. Ce fut un fiasco: celui-ci dut attendre le retrait du patron du Conseil national pour faire son entrée dans cette enceinte.

Mais l’UDC est en train de changer de tactique. D’un côté, elle charge une commission de trouver des candidats disposant de l’envergure nécessaire pour aspirer au Conseil fédéral. Ce qui, faute d’un réservoir suffisamment garni, n’est pas une sinécure. De l’autre, elle recrute des gens connus sans expérience politique comme Roger Köppel et Magdalena Martullo-Blocher, qui est l’héritière à la fois de l’entreprise et, avec quelques variations d’accents, de la doctrine de son père. Sa candidature permet au parti, orphelin de Peter Spuhler, de dire qu’il a des chefs d’entreprise à succès dans ses rangs. Mais il faudra sortir du cercle familial pour que la démonstration soit convaincante.

Cette approche est contradictoire. Christoph Blocher s’appuie volontiers sur le peuple et la démocratie pour défendre sa politique. Mais, en offrant à des outsiders comme Roger Köppel et sa fille la possibilité de passer devant tous les porteurs d’eau qui gravissent patiemment les échelons, de la commune au canton puis au niveau fédéral, il donne l’image inverse. En refusant d’élire Thomas Matter, la base du parti lui a dit en 2011 ce qu’elle pensait de cette vision dirigiste.