Editorial

Migration: le retour du chacun pour soi

EDITORIAL. Oublié, l’esprit de collaboration vanté par les Européens il y a seulement quelques jours. Les mesures unilatérales prises par l’Allemagne risquent de provoquer un effet domino

Angela Merkel a provisoirement sauvé son gouvernement. Mais à quel prix? Le compromis sur la migration scellé lundi soir par la chancelière allemande avec ses rivaux bavarois, qui lui reprochent l’ouverture des frontières en 2015, risque de provoquer un effet domino en Europe. En effet, l’Allemagne prévoit de renvoyer les requérants entrés illégalement dans le pays depuis l’Autriche. En réaction, Vienne menace de fermer ses frontières avec la Slovénie et l’Italie.

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Ces deux pays seront tentés de repousser le problème chez leur voisin et ainsi de suite, jusqu’aux sables du Sahara, où l’hécatombe de la migration se déroule loin des regards. Oublié, l’esprit de collaboration vanté par les Européens après leur sommet de Bruxelles la semaine dernière. L’accord poussif auquel les 28 pays étaient parvenus apparaît comme une coquille vide. Une fois retournés dans leur capitale, les chefs d’Etat ont été rattrapés par leurs soucis domestiques.

Langage de vérité

«La question migratoire pourrait décider du destin de l’Union européenne», avait mis en garde Angela Merkel avant le sommet. Mais de quel poids pèse cet enjeu en regard de la survie politique de la chancelière?

Sous pression des partis qui engrangent les victoires sur la lutte contre l’immigration, les dirigeants européens doivent reprendre la main. Comment? En revenant à un langage de vérité. Non, contrairement à l’afflux de 2015, l’Europe ne fait pas face à une «crise» ou une «vague migratoire», comme on l’a entendu à Bruxelles.

Renforcement des politiques extrêmes

Depuis le début de l’année 2018, un peu plus de 45 000 personnes sont arrivées par bateau en Italie, Grèce ou Espagne. En comparaison, les combats dans le sud de la Syrie ont causé la fuite de 270 000 personnes rien que ces deux dernières semaines, soit six fois plus de réfugiés, bloqués à l’intérieur des frontières syriennes. Les Syriens sont d’ailleurs toujours les plus nombreux à tenter la terrible traversée vers l’Europe.

Le problème de l’immigration clandestine en Méditerranée est réel et dramatique, mais décrivons-le dans ses justes proportions. L’Europe, avec une solidarité minimale entre ses membres, peut relever ce défi. La politique du chacun pour soi revient au contraire à se décharger sur les pays côtiers, qui absorbent l’immense majorité des arrivées, et à y renforcer les forces politiques les plus extrêmes, avec leurs solutions expéditives et trompeuses.

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