La vie à 25 ans

Pourquoi les millennials sont accros aux messages vocaux

OPINION. On les aime ou on les déteste, mais c’est un fait: les notes audio sont devenues le nouveau moyen de communication de la jeune génération. Pour ses avantages pratiques, mais pas seulement, argumente notre chroniqueuse

Au début, je n’osais pas le faire en public. Toujours cette impression d’être scrutée, jugée, alors j’attendais d’arriver à la maison pour m’y adonner. Aujourd’hui, plus de scrupules. Même dans le bus, le geste est devenu naturel: je sors mon portable, je lance WhatsApp et j’enregistre un message vocal.

C’est une simple icône «micro» au-dessus du clavier mais son succès dépasse l’entendement. Depuis un ou deux ans, correspondre via de petites notes audio est devenu le nouveau chic. Au point de détrôner, chez certains millennials, le «chat» classique. Plusieurs centaines de millions de messages vocaux seraient envoyés quotidiennement sur WhatsApp et tous les grands réseaux sociaux, Instagram, Telegram et même LinkedIn, s’y sont mis.

Les joies de la voix

Dans les rues de Lausanne, on repère facilement les adeptes: ils parlent tout seuls – généralement fort – en tenant leur portable près du visage, pouce «glué» à l’écran – s’il dérape, tout le laïus est perdu. Observer ces monologues itinérants a quelque chose d’assez étrange.

Le plus étrange, c’est l’existence même de ce phénomène. A une époque où le Combox est devenu has been – désolée grand-maman – voilà qu’à nouveau notre génération ne jure que par les vocaux interposés, sortes de talkies-walkies 4.0…

C’est qu’ils ont un avantage non négligeable: quand on se déplace, qu’on a peu de temps ou des doigts trop gros pour presser le bon «è», s’enregistrer est merveilleusement pratique. Enfin, c’était compter sans notre tendance légèrement narcissique à parler pour ne rien dire ou à ajouter des détails inutiles – «du coup il m’a dit, enfin, à ce stade j’étais encore en pyjama, le bleu avec le panda, tu vois?». Passer quatorze minutes à écouter les tergiversations d’un ami, c’est soudain sacrément moins pratique. Exaspérant, direz-vous. Je répondrais que, même longuets, ces babillages ont aussi le mérite de nous reconnecter à la voix.

La communication différée

Ce n’est pas nouveau, la jeune génération utilise son smartphone pour tout sauf pour téléphoner, préférant la communication différée. Parce que l’appel direct a quelque chose d’intrusif et d’intimidant, avec ses variables non maîtrisables comme le mauvais timing, les silences gênés ou les au revoir prolongés.

Mais là où le texte avait perdu en spontanéité, le message vocal permet une intimité, une justesse de ton et une large palette d’émotions. Dont on est plus que jamais friands, l’explosion des podcasts en témoigne. Alors pourquoi faudrait-il s’en priver au quotidien? Même pour raconter une ânerie, n’hésitez plus: l’émoji aux dents parfaites ne vaudra jamais un sourire au creux de l’oreille.


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Quand devient-on (vraiment) «adulte»?

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