Revue de presse

Les milliards demandés par Axpo et Alpiq font grincer des dents

Les chiffres avancés par le géant du nucléaire suisse Axpo en matière d’indemnisation en cas de «oui» à l’initiative des Verts le 27 novembre prochain irritent et sont perçus comme une «manipulation» de l’opinion. Alpiq lui emboîte le pas ce lundi matin

C’est l’opération de «chantage» du week-end, disent notamment la gauche antinucléaire et Le Matin imprimé de ce lundi: si le peuple suisse acceptait l’initiative «Sortir du nucléaire» des Verts dans les urnes le 27 novembre prochain – 57% d’avis favorables, selon le premier sondage gfs.bern/SSR – l’exploitant Axpo demanderait 4,1 milliards de francs d’indemnisation à la Confédération.

Car «évidemment», argumente son patron, Andrew Walo, «tous les avis de droit que nous avons obtenus sur cette question sont formels: les bases légales pour une indemnisation par la Confédération existent», a-t-il indiqué dans une interview remarquée, donnée à la NZZ am Sonntag. Il en conclut ainsi que l’initiative est «inutile», «nuisible» et «nocive». «Menace vide de sens», rétorquent les opposants, selon 20 Minuten.

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Et pourtant, relevait récemment 24 heures dans la foulée d’une exhumation d’archives opérée par l’Aargauer Zeitung, «il y a 19 ans, une étude menée par l’exploitant» de Beznau – qui s’appelait alors Nordostschweizerische Kraftwerke (NOK) – «montrait que la Suisse pouvait se passer de l’atome». Si «le discours d’aujourd’hui», on s’en aperçoit, «est tout autre», «la nouvelle avait fait l’effet d’une bombe en 1997, car deux journaux dominicaux alémaniques s’étaient fait l’écho d’une possible sortie du nucléaire envisagée par les exploitants des centrales eux-mêmes.»

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«L’industrie de l’atome estime qu’une sortie est possible», titrait ainsi la SonntagsZeitung le 16 mars 1997. Et le SonntagsBlick allait même plus loin: «L’énergie nucléaire n’a plus d’avenir», prétendait-il. En 2016, en profitait ainsi de rappeler dimanche le 19h30 télévisuel de RTS Info, «en Suisse, cinq centrales nucléaires sont en service et deux sont à l’arrêt». Et «Mühleberg s’arrêtera en 2019». En plus de cela, si Beznau ne redémarre pas, il n’y aura pas d’indemnisation.

Le plan actuel de Doris Leuthard va finalement aujourd’hui dans le même sens. Voilà pourquoi l’industrie nucléaire la met maintenant «dans une situation critique», écrit le Bund, écartelée qu’elle est entre son opposition à l’initiative des Verts et les menaces du lobby énergétique. Qui est efficace, puisque, après Axpo, une votation en faveur de la sortie du nucléaire en Suisse lui coûterait 2,5 milliards, vient d’avertir l’autre grand acteur de l’atome, Alpiq, ce lundi matin:

Le quotidien bernois, tout comme la Basler Zeitung et la Basellandschaftliche Zeitung, replace d’ailleurs le débat dans son vrai contexte, qui est celui de la sécurité et qui montre clairement les désaccords entre Axpo et la ministre de tutelle de l’énergie, dont on connaît les «doutes» en la matière: «Doris Leuthard irritiert Axpo», lit-on dans le Blick, après une soirée à la Chambre de commerce des deux Bâle la semaine dernière.

Ce dimanche, le Forum de RTS La 1re rappelait enfin que c’est «la justice qui décidera» du montant des indemnisations versées aux opérateurs de l’atome. Mais aussi que «les juristes d’Apo considèrent qu’une partie de l’ordonnance qui fixe les règles de la mise hors service des centrales est dépourvue de base légale», comme le relèvent la SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche.

Le débat radiophonique entre les conseillers nationaux Roger Nordmann (PS/VD), favorable à l’initiative, et Benoît Genecand (PLR/GE), qui y est opposé, a été assez vif à ce sujet. Le premier parlait d'«une tentative d’intimidation des citoyens», alors que le second évoquait «un changement des règles du jeu» en cas de oui à l’initiative et d'«une forme d’expropriation», tout en émettant de gros doutes sur la hauteur de la somme demandée par Axpo.


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