éditorial

Le mince espoir de Pierre Maudet

EDITORIAL. L’aveu tardif du magistrat PLR est une blessure intime qui a un coût politique. Le Conseil d’Etat genevois saura rapidement si l’unité qu’il a affichée en adoptant des mesures conservatoires résistera à un parlement où la colère gronde

Pierre Maudet s’est donc résolu à un acte de contrition. Le magistrat PLR a ressenti le «besoin de se livrer» pour dire qu’il a «caché une partie de la vérité» concernant son voyage à Abu Dhabi. L’aveu a duré vingt-cinq minutes, sur Léman Bleu, mercredi soir. Une lettre ouverte aux Genevois le prolonge.

La confession est très tardive et l’on ne comprend toujours pas pourquoi elle n’a pas été possible plus tôt. Les occasions d’être sincère n’ont pas manqué. A la place, le magistrat a construit un mensonge qui a fini par le rattraper.

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Cette épreuve l’aurait ébranlé, mais pas au point de lui faire perdre sa faculté et son envie de se battre pour son canton, a-t-il assuré. Après des semaines de tumulte politique, les Genevois en sont réduits à faire le pari de croire en la conversion d’un homme qui n’a jamais été versé dans l’introspection. Les électeurs qui l’ont soutenu éprouvent du dépit. Le triomphe de Pierre Maudet au premier tour de scrutin, le 15 avril dernier, avait créé un élan aujourd’hui retombé.

Coût politique

«Il m’en coûte», a-t-il assuré à son interlocuteur, mercredi soir. Le magistrat PLR, dans son ascension politique jusqu’à la présidence du Conseil d’Etat, a réussi à conserver l’image de politicien intègre, rapide et tranchant dans l’action. L’aveu de mercredi soir est certainement une blessure intime. Mais il a surtout un coût politique. Alors que des réformes cruciales pour Genève se profilent, le Conseil d’Etat est affaibli.

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Le gouvernement a annoncé des mesures provisoires ciselées, qui doivent circonscrire le champ d’action de Pierre Maudet afin de ne pas entraver l’enquête du Ministère public sur les circonstances du voyage. Ces digues doivent également préserver les rapports institutionnels avec le parlement. Le vice-président, Antonio Hodgers, a eu l’honnêteté de présenter les choses comme elles sont: la situation étant inédite, le Conseil d’Etat ajustera selon les circonstances le périmètre octroyé à Pierre Maudet. On peut craindre que l’enquête en cours rendra de nouveaux compromis nécessaires. La situation n’en sera que plus alambiquée.

Adversaires résolus

La solidité de cet attelage sera testée dès la semaine prochaine. Vendredi, le Conseil d’Etat va présenter son programme de législature, son plan financier quadriennal et son projet de budget pour 2019. Au Grand Conseil, les adversaires de Pierre Maudet semblent plus résolus que jamais. Construire une majorité sera difficile.

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Au bout de cette semaine survoltée, Pierre Maudet peut espérer que cette chance qu’il a su provoquer durant toute sa carrière lui profite encore. Son aveu précède un long week-end de Jeûne genevois, qui attendrira peut-être certains élus. L’espoir est mince.

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