Depuis 1990, il y a eu 7204 Colombiens affectés par des mines antipersonnel, des engins explosifs improvisés et des munitions non explosées. En 2006, il y a eu 1168 victimes; en 2007, 887 et, jusqu'à octobre de l'année en cours, 613. Les groupes armés illégaux sont les principaux responsables de cette tragédie. Pendant presque deux décennies, leur action a causé des dommages à 2453 civils, spécialement dans les communautés rurales éloignées, et notamment à des petits garçons et des petites filles, à des femmes et à des personnes âgées.

La Colombie est, malheureusement, l'un des pays qui compte le plus de victimes de ce problème. Notre Gouvernement a exprimé son refus total de l'utilisation, de la production et du stockage de mines antipersonnel, et par conséquent son engagement dans la lutte contre ce fléau a été très important. Grâce à l'institutionnalisation de l'action intégrale contre les mines, à l'adoption d'un plan d'activités et à la création d'un programme présidentiel de haut niveau, il a inscrit le problème dans son agenda de politique intérieure en lui donnant toute la priorité.

Afin d'exercer une action de prévention et d'éviter de nouvelles victimes, les institutions de l'Etat ont réussi à mettre en place, au cours des dernières années, des activités d'éducation concernant les risques des mines dans des zones devenues prioritaires du fait de leur vulnérabilité. Nous avons mis en marche un système complet d'attention aux victimes ainsi qu'un plan de destruction de l'arsenal stocké, et nous avons augmenté notre capacité de déminage. Bien que cette dernière tâche ne soit pas facile à effectuer du fait de la difficulté de déterminer la taille des zones où sont posés ces engins, il existe toute la volonté d'avancer le plus rapidement possible.

Le programme présidentiel pour l'action intégrale contre les mines antipersonnel a été soumis, le 12 novembre dernier, à l'approbation de la Commission intersectorielle nationale concernée. Il a reçu l'aval des membres de la commission et, quoiqu'il reste encore des points budgétaires qui doivent être précisés et discutés, suggère un cadre d'investissement à moyen terme dans tous les domaines de l'action contre les mines, en particulier en ce qui concerne le sujet du déminage humanitaire.

La détermination de la Colombie à lutter contre les mines antipersonnel se manifeste également par l'application des engagements assumés par la Convention d'Ottawa. En tant qu'instrument juridique à caractère humanitaire, celle-ci cherche à obtenir l'engagement des Etats signataires de détruire leurs arsenaux, de proposer une aide intégrale aux victimes, des échanges d'équipements, de matériels et d'informations scientifiques, ainsi que l'assistance nécessaire pour mettre en œuvre son application.

Cet engagement nous a motivés aussi pour nous présenter comme hôte possible afin de recevoir chez nous la deuxième conférence de révision des Etats signataires qui est programmée pour le mois de novembre de l'année prochaine. Cette réunion proposera un espace pour analyser les progrès dans l'application de la Convention, pour partager les expériences des pays les plus affectés, pour chercher de nouveaux outils de coopération avec d'autres Etats et des agences internationales, et pour tracer un plan d'action pour les cinq prochaines années.

Le cas du soldat professionnel Eddier Jimenez est l'une des trop nombreuses histoires de Colombiens qui subissent les douloureuses conséquences des mines. Le 24 février 2006, une explosion l'a projeté à deux mètres de l'endroit où il se trouvait. Lorsqu'il essaya de se relever, il sentit qu'il n'en était pas capable et il se rendit compte qu'il avait perdu sa jambe droite. Grâce à la constance de ses efforts, il est arrivé à suivre avec succès un processus de réadaptation et il a pu réorienter son activité professionnelle, sa vie ainsi que celle de son épouse et de leurs deux enfants.

La Colombie subit les graves conséquences physiques, psychologiques, économiques et sociales de l'irrationalité des groupes hors la loi. Même si notre pays fait des progrès en ce qui concerne les tâches de localisation, d'évacuation, d'élimination et de récupération des zones affectées, et en particulier pour l'attention aux victimes, nous devons encore affronter de nombreux défis. Notre pays ne tolérera plus des histoires comme celle du soldat Jimenez. Nous lançons un appel énergique aux groupes armés illégaux afin qu'ils ne continuent pas à semer la mort et la destruction sur le sol colombien, et nous invitons tout spécialement la communauté internationale à aider la Colombie à affronter ce cruel problème en tenant compte du fait que les victimes doivent être le centre des efforts mondiaux en vue d'éradiquer les mines antipersonnel.

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