Une vidéo humoristique hébergée par ce journal a donné lieu récemment à une polémique devenue monnaie courante ailleurs, sous des formes diverses. En question, invariablement: le principe de liberté d’expression face aux revendications de mouvements de défense des femmes ou des minorités. Et surtout le choix des armes pour ces combats au demeurant parfaitement légitimes dans notre système sociétal largement phallo-dominant. Dans ce contexte, en parallèle des évolutions législatives souhaitables – ainsi sur l’évolution de la notion de viol – le recours à un certain nombre d’actions fortes pour réveiller l’establishment politique et économique peut également se comprendre. On ne fait pas de révolution sans quelques débordements. Pour autant, nous ne saurions tout tolérer.

Car c’est bien une révolution, d’ordre moral, qui est en cours, puissante grâce aux leviers souvent anonymes que sont les réseaux sociaux. Le boycott d’artistes dénoncés pour violences sexuelles, les tags sur les statues de personnages historiques, la suppression des caricatures dans le New York Times, l’appropriation culturelle jusqu’au-boutiste (le journalisme peut-il encore raconter le monde, s’interroge Serge Michel sur Heidi.news), le rappeur Vivi viré de The Voice, Le Temps sommé de retirer une vidéo: autant d’exemples inspirés de la cancel culture née sur les campus américains, laquelle prend appui sur la théorie critique, qui lui sert de caution philosophique et sociologique. Elle prône des pratiques sociales émancipatrices et une dynamique qui ne doit pas être entravée par des concepts qui pourraient la contrecarrer. Cela permet de reléguer les droits humains, ainsi la liberté d’expression ou la présomption d’innocence, à une forme d’obstacle.