Editorial

Le miracle tunisien à l’épreuve des urnes

La Tunisie va se distinguer une nouvelle fois ce week-end dans le monde arabe. Après avoir été à l’origine des révolutions démocratiques qui ont secoué la région en 2011, elle connaîtra dimanche ses premières élections parlementaires ordinaires, organisées conformément à la Constitution qu’elle s’est donnée en janvier dernier. A mille lieues des coups d’Etat et des guerres qui ont frappé les autres pays saisis au même moment par la même aspiration, Egypte, Syrie, Libye…

Cette exception tunisienne a deux raisons majeures. La première est l’existence d’une société civile relativement développée, composée notamment de syndicats puissants, qui a su peser à certains moments décisifs en faveur de solutions pragmatiques. La seconde est la présence d’un parti islamiste modéré, Ennahda, qui a soigneusement évité de profiter de son succès lors des élections à l’Assemblée constituante pour tenter d’imposer ses vues de manière unilatérale.

La situation n’est pas stabilisée pour autant. La jeune démocratie compte de nombreux ennemis. Les plus évidents sont les djihadistes, qui ont proliféré en Tunisie comme dans le reste du monde arabe. Une présence confirmée par la fusillade meurtrière qui a opposé l’un de leurs groupes à la police vendredi dans les environs de la capitale.

La démocratie tunisienne est menacée simultanément par une multitude d’anciens collaborateurs de la dictature défunte, qui aspirent à retrouver dès que possible leurs privilèges. Il s’en trouve un grand nombre au sein des partis politiques laïcs en compétition, y compris dans le principal d’entre eux, Nidaa Tounes, où ils voisinent avec une collection hétéroclite d’hommes d’affaires et de militants de gauche.

Un troisième danger pour le nouveau régime est le désenchantement de nombreux Tunisiens à l’égard de leur classe politique, critiquée aussi bien pour son arrivisme étriqué que pour son inefficacité dans le domaine économique. La population s’est si peu intéressée au scrutin de dimanche que poseurs d’affiches, distributeurs de tracts et observateurs électoraux ont manqué.

La consultation de ce week-end est censée consacrer officiellement une transition démocratique remarquable. Mais elle n’est pas à l’abri d’un fort taux d’abstention, de polémiques exacerbées ou de violences djihadistes. Autant de mésaventures susceptibles de gâcher la fête, voire d’inverser la dynamique à l’œuvre depuis bientôt quatre ans.

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