Tout comme la barbe n’élève pas l’abruti au rang de philosophe, une tablette connectée ne permettra pas à nos chères têtes blondes de devenir les érudit·e·s de demain. Ce mirage techniciste, largement entretenu par les géants du numérique ou l’OCDE, trouve malheureusement un écho complaisant dans la presse et parmi nos élu·e·s. Ainsi peut-on lire, dans ces colonnes, le 8 juin que l’enseignement à distance serait «peut-être une des rares bonnes surprises de la crise sanitaire et a permis à l’école vaudoise de faire un bond en avant». «En direction du mur», serions-nous tenté·e·s d’ajouter. En effet, la littérature scientifique (Le Désastre de l’école numérique, 2016; La Fabrique du crétin digital, 2019; Critiques de l’école numérique, 2020) concernant le numérique à l’école n’appelle nullement aux éloges. Bien au contraire. Voici un bref tour d’horizon des principaux écueils.

Derrière l’engouement actuel pour les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) se cache l’idée que la génération actuelle, les digital natives, véritables expert·e·s des technologies numériques, pense et traite l’information de manière si radicalement différente de ses aîné·e·s qu’il faudrait, par conséquent, adapter le système scolaire à cette véritable révolution. Dans ce nouveau catéchisme numérique, sacralisant les MOOC (Massive Open Online Course), les tablettes connectées et autres tableaux interactifs, tout reliquat de l’ancien monde semble relever du blasphème. Au purgatoire les profs qui n’ont pas été «bons» car ils «se sont contentés de scanner leurs fiches à l’ancienne»! (éditorial du Temps du 8 juin).