L’école genevoise serait élitiste et injuste, il faut donc en changer. Ce postulat, à l’origine de la réforme du cycle d’orientation genevois, repose sur la doxa de la gauche et de sa ministre socialiste: l’égalité des chances. Au lieu de permettre à chaque élève d’aller à son rythme, le système actuel des regroupements isole et stigmatise les plus faibles, estiment-ils. CO22 se promet donc de raser les «ghettos de nuls» pour construire des classes mixtes où les écoliers à la peine ne manqueront pas d’attraper, eux aussi, la lumière.

On voudrait y croire. On voudrait penser qu’il suffit de mélanger les compétences et les lacunes pour que les premières s’imposent. Mais la réalité s’affranchit volontiers des convictions, aussi fortes soient-elles. A Genève, de nombreux élèves sortent de l’école primaire en sachant à peine lire et écrire. Non pas que l’école démérite, mais elle fait face à une tâche titanesque, celle de réparer les blessures sociales et les déficiences éducatives. La sociologie du canton, qui affiche de fortes disparités socioculturelles, n’est pas celle du Valais. Les élèves les plus faibles, qui sont souvent les plus fragiles, requièrent une attention et un encadrement énormes, pour lesquels il faut sans doute consacrer davantage de moyens. Mais on peine à imaginer qu’ils parviennent à raccrocher le train par la grâce de la contamination positive. En revanche, il est plus aisé d’entrevoir des élèves moyens se laissant glisser dans l’indolence.

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Inutile de parler des plus forts, à qui la réforme promet un éventuel parcours accéléré. Le plus probable est qu’ils resteront, comme actuellement, noyés dans la masse. Afin de ne pas être soupçonné d’élitisme coupable, le système accueille en effet une très large majorité d’élèves dans la section la meilleure, alors que leur niveau est ordinaire. Il faut donc croire que les exigences du regroupement le plus élevé ont baissé, au nom du culte en vigueur. C’est au collège qu’une partie de ces élèves reçoivent une claque, pour avoir cru ce que le système leur assurait: l’excellence pour tous, sans grand effort ni vile compétition.

Et si on réfléchissait autrement? A Genève, l’apprentissage est fortement dévalorisé, bien qu’exigeant. Cesser de voir les études supérieures comme la voie royale serait bénéfique aux élèves poussés au collège sans envie ainsi qu’au marché du travail. Mais en retardant la sélection pour les études supérieures, on entretient le rêve. L’éveil n’en sera pas moins douloureux.