La vie à 25 ans

Le miroir déformant du film «Glass»

OPINION. L'œuvre de M. Night Shyamalan, sortie mercredi, emballe le public. Mais contribue aussi à entretenir un stéréotype sur les troubles psychiatriques, comme souvent au cinéma, déplore notre chroniqueuse

Je m’en désolais déjà la semaine passée, janvier n’est pas le mois le plus trépidant qui soit. Particulièrement au rayon cinématographique, où début d’année rime souvent avec déprime. Mais bonne nouvelle, 2019 déroge à la règle: cette semaine, le public guettait la sortie de Glass comme on guette la fève dans sa galette des Rois. Une grosse production signée M. Night Shyamalan réunissant trois super-héros iconiques issus de ses précédents films.

Parmi eux, Kevin Wendell Crumb, le geôlier aux 23 personnalités qui nous avait sidérée dans Split en 2016. Comment oublier cette figure instable, se présentant tour à tour comme un fashionista, une quinquagénaire anglaise et un gamin zézayant tout en laissant planer sur ses captives la menace de «la Bête», alter ego monstrueux et cannibale? Ce pitch génial, couplé au talent de James McAvoy, m’avait paru follement palpitant.

Gollum et Mr. Hyde

Ou terriblement blessant, c’est selon. Car, je l’ai récemment découvert, des anonymes souffrant du même syndrome que Kevin Crumb, c’est-à-dire d’un trouble dissociatif de l’identité, ont dénoncé sur la Toile une représentation stigmatisante de leur condition. En résumé: non, ce diagnostic ne fait pas de vous un psychopathe qui séquestre des pom-pom girls pour se distraire le week-end.

Au contraire, on l’associe souvent à des patients apeurés ayant vécu un traumatisme si lourd que leur esprit s’est dédoublé pour l’intégrer. Mais en visionnant Split et Glass, une bonne partie du public ne retiendra que ce grotesque reflet hollywoodien, celui du fou sadique obsédé par le sacrifice humain. Idéal pour en parler autour d’un thé.

En général, je déteste les analyses moralisatrices et psychorigides de fictions destinées à divertir. Mais les témoignages de ces hommes et femmes aux multiples «moi» m’ont fascinée, émue même. Et je ne peux m’empêcher de leur donner raison: le cinéma a tendance à diaboliser les troubles de la personnalité. Pensez à Psycho, Sybil, Dr. Jekyll et Mr. Hyde ou même Gollum dans Le seigneur des anneaux…

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Si elle ne prétend pas être représentative d’une quelconque réalité, l’industrie du film ne peut pour autant ignorer les stéréotypes qu’elle véhicule. Elle peut, par contre, affiner le tir. Comme pour l’autisme, longtemps associé au singe savant de Rain Man avant d’être largement exploré dans les séries TV, on peut espérer que les troubles de la personnalité, passionnants et infiniment complexes, soient à nouveau mis en lumière dans nos salles obscures… avec un peu plus de subtilité.


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