Il paraît que la sécurité à l’aéroport de Charm-el-Cheikh laisse à désirer. Il paraît que les appareils à rayon X fonctionnent un jour sur deux, et quand ils fonctionnent, ce sont les préposés à l’observation des images qui font la sieste. Il paraît qu’on y embarque des bouteilles d’eau sans que personne ne s’en émeuve.

Evidemment, le laisser-aller dans les petits aéroports est la première chose à laquelle on pense après un attentat comme celui dont furent victimes, dans le Sinaï, les 224 passagers russes d’un vol Metrojet. Moi-même, je me suis tout de suite rappelé ce récent passage dans un aéroport minuscule des Balkans, où je n’ai même pas eu à négocier l’embarquement, dans mon bagage à main, de quelque 2,5 litres de liquides tout à fait suspects (deux bouteilles d’alcool de menthe et un pot de prunes en marmelade).

Seulement, la réalité, c’est que le dispositif sécuritaire dans tous les aéroports du monde, y compris les plus importants, n’est qu’un vaste leurre. Une mystification. Une mise en scène, dont l’objectif est d’impressionner, un peu, les terroristes du dimanche, mais surtout, les passagers, c’est-à-dire, les clients des aéroports. Embarquez, braves gens, voyagez et consommez sereins: il ne peut rien vous arriver. Toute activité économique repose sur la confiance, et celle du tourisme n’échappe pas à la règle.

Un excellent article sur le sujet, paru dans The Economist, met en évidence que, dans les aéroports, le contrôle systématique des passagers a permis de confisquer quantité de limes à ongles empaquetées par inadvertance, mais n’a encore jamais arrêté un terroriste déterminé et bien organisé. Il rappelle aussi que quantité de passagers dénoncent des objets volés dans leurs bagages en soute, ce qui montre qu’au-delà du check-in, les valises confiées au personnel d’aéroport sont facilement ouvertes. Pour y dérober des choses, et aussi, potentiellement, pour en placer. Comme des explosifs, par exemple.

A partir de là, un tas de questions peuvent se poser. Au tout dernier rang desquelles, de mon point de vue, figure celle d’un éventuel renforcement de la sécurité. Si, aujourd’hui, le contrôle systématique ne sert à rien, c’est qu’il est trop souvent réalisé par du personnel sous-payé et sous-qualifié, dans des conditions juste impossibles. Une plus grande efficacité nécessiterait une approche plus subtile, et donc, un gros investissement en ressources humaines. Investissement qualitatif, et non quantitatif. Or, personne ne s’en donnera les moyens. Et si c’est pour se retrouver avec une sécurité plus importante, plus rigide, et tout aussi inutile, autant laisser tomber.

Alors faut-il cesser de prendre l’avion? Ce serait trop bête. Statistiquement, on n’est pas plus en danger aujourd’hui qu’hier d’exploser en vol. Non, moi, la question que je me pose vraiment, c’est celle-ci: vu l’impact émotionnel que provoquent les accidents aériens, et l’apparente facilité qu’il y aurait à en provoquer, comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’attentats terroristes dans les avions?

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