Dans le canton de Vaud, la campagne électorale qui s’achève ces jours est, de mémoire, la plus navrante de ces deux dernières décennies. Un débat politique proche de zéro, des thèmes mineurs, des polémiques presque factices tant elles paraissent fabriquées ex nihilo: le canton semble avoir atteint un rare point de molasserie démocratique. Les Vaudois se font margarine, au point qu’ils se passionnent davantage pour l’élection présidentielle française, celle où il y a le beurre et l’argent du beurre.

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Accuser le Conseil d’Etat d’être responsable de cet état de fait ne fait guère avancer le débat. Si le canton de Vaud va plutôt bien, c’est aussi grâce à la particulière entente qui règne à son sommet politique. La voir comme une source d’anesthésie est faire preuve d’un esprit retors. Même si les relations entre le gouvernement et le parlement ont tourné, au fil des années, à l’avantage du premier, par affaiblissement des partis.

Un PS qui fabrique ses vedettes

Où se situe le problème des Vaudois? De toute évidence, pas sur leur flanc gauche. Bardé de talents, gonflé de jeunes qui en veulent, organisé comme une pépinière de politiciens, le PS vaudois est sans doute l’un des partis cantonaux les plus productifs du moment – quoi que l’on pense de ses idées. Et il n’a guère de concurrence à son extrémité. La machine fonctionne à plein régime, elle fabrique des professionnels politiques d’aujourd’hui et de demain.

Le malaise PLR

Le malaise politique vaudois vient des libéraux-radicaux. Une fois encore, le PLR a choisi de se lier à l’UDC. Les deux formations partagent certes bien des points de vue, mais il est des questions qui tiennent du casus belli – la libre circulation, au premier chef. Qu’importe: pour gagner un siège au Conseil d’Etat, le PLR et l’UDC persistent dans une tactique purement mathématique, d’addition des voix, en rêvant de la reconquête d’une majorité gouvernementale.

A juste titre, cette alliance ulcère certains membres du PLR, notamment au sein du canal historique des libéraux. Le seul fait de voir, sur une même affiche, un ministre aussi brillant que Pascal Broulis concourir aux côtés d’un fantassin souverainiste, fût-il «terrien», comme il le dit – c’est-à-dire modéré –, tient de l’insulte à l’égard de l’électorat de droite réformiste.

Le besoin d’une droite courageuse

Riche d’un campus lausannois considérable, d’industries performantes, de sociétés de services exemplaires, d’agriculteurs innovants, le canton de Vaud a besoin d’une droite moderne et audacieuse, par exemple sur les questions migratoire et européenne. Malgré leur précédente mésaventure de 2012, en dépit de l’échec d’une démarche similaire à Fribourg, les stratèges du PLR vaudois s’obstinent dans la voie d’une pathétique accointance avec le parti du repli. S’ils vivent une déconvenue dimanche, il faut espérer que cela les ramènera à une attitude plus raisonnable, et plus courageuse.