Éditorial

Mission accomplie pour les banques centrales

ÉDITORIAL. La fin du programme d’assouplissement monétaire de la BCE marque un tournant dans la gestion des crises économiques. Un progrès qu’il faut saluer avant d’affronter de prochaines épreuves

Une journée historique. La Banque centrale européenne (BCE) a officiellement mis fin jeudi à son programme d’assouplissement monétaire, lancé en mars 2015. Au total, elle aura déversé 2600 milliards d’euros pour relancer l’économie de la zone euro après la récession de 2008.

En Europe comme aux Etats-Unis, l’idée de la BCE et de la Réserve fédérale était de couper court à toute tendance déflationniste et d’éviter un scénario qui aurait rappelé la Grande Dépression des années trente. Plus concrètement, il fallait parer à l’insuffisance de l’offre en facilitant l’accès au crédit à un taux d’intérêt proche de zéro tant aux entreprises qu’aux ménages.

Les nouvelles sont bonnes

Au fil de ses réunions mensuelles, la BCE a redimensionné son programme à la lumière de la conjoncture, jusqu’à son arrêt annoncé jeudi. Aujourd’hui, malgré des faiblesses apparentes, les nouvelles sont plutôt bonnes: la zone euro a retrouvé une croissance stable. Le taux de chômage, près de 10% en 2012, est descendu au-dessous de 8% en 2018.

Lire aussi notre article: «La BCE doit livrer une vision à long terme de sa politique monétaire»

Champagne? Force est de constater que l’assouplissement monétaire n’a pas été apprécié de la même façon dans tous les pays de la zone euro. L’Allemagne et les pays nordiques n’ont jamais caché leur scepticisme. Une plainte avait même été déposée contre la politique «laxiste» et «trop généreuse» de la BCE (elle a été écartée mardi par la Cour de justice européenne). En revanche, les pays du sud de l’Europe en redemandent.

On peut bien sûr se demander si la BCE n’a pas outrepassé son mandat d’origine, qui est de veiller à la stabilité des prix. Réponse: non, car c’est en donnant un coup de fouet à la consommation qu’on évite la déflation.

La BNS maintient son cap expansionniste

La même question se pose pour la Banque nationale suisse, qui a décidé jeudi de maintenir son cap expansionniste, laissant ses taux directeurs à un niveau proche de zéro. Là non plus, l’objectif de revenir à une inflation proche de 2% n’est pas atteint. Sur ce point, tant dans la zone euro qu’en Suisse, c’est la déception. Aux Etats-Unis également, où le président Donald Trump a enjoint à la Réserve fédérale de ne pas augmenter les taux. Dès lors, ne faut-il pas revoir le mandat des banques centrales?

La question se pose non seulement à cause de leur échec en matière d’inflation. Mais surtout parce que les fondamentaux ont changé. Dans une chaîne de production globalisée, les prix de nombreux produits et services ne cessent de baisser. Et les gains en productivité grâce aux nouvelles technologies d’information ralentissent également la hausse des prix. Autant dire que la guerre contre l’inflation est devenue un combat d’arrière-garde. Les banques centrales l’ont compris et ont su trouver des solutions créatives pour sauver l’économie mondiale. C’est de bon augure avant d’affronter, un jour, de nouvelles crises.

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