En 1893, lorsqu’il emploie pour la première fois le terme de «cohésion sociale», Durkheim la conçoit comme l’illustration du bon fonctionnement d’une société où se manifestent la solidarité entre individus et la conscience collective. En d’autres termes, la cohésion ne se limite pas à une forme de coexistence pacifique. Pour qu’il y ait cohésion, il faut un accord partagé sur ce qu’est la réalité. Il faut que les membres d’une société soient d’accord sur les traits fondamentaux de leur monde commun et qu’ils en partagent les valeurs. De plus, il ne peut y avoir de cohésion sans un minimum d’égalité: quand les conditions de vie connaissent des écarts trop importants, la cohésion s’effiloche car la réalité des uns n’est alors plus celle des autres.

En ce sens, le contexte très particulier que nous avons vécu ces derniers mois doit nous interpeler. La sidération qui nous a tous saisis au printemps s’est accompagnée dans un premier temps tout à la fois d’une grande confiance dans les autorités et d’une forme de solidarité renforcée face à l’adversité. L’humanité confinée semblait être redevenue un grand village, moins individualiste, où le plus jeune n’hésitait pas, par exemple, à faire les courses pour son voisin plus âgé. Comme si chacun avait compris que la fragilité intrinsèque de l’être humain ne pouvait être dépassée que par l’entraide et la solidarité.