Pour votre sécurité, vous devez quitter votre domicile. Pour dix ans. Peut-être plus, peut-être moins. Les 170 habitants de Mitholz, dans l’Oberland bernois, ont appris la nouvelle mardi, lors d’une lors d’une séance d’information au public à Kandergrund, en présence de Viola Amherd, cheffe du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS).

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Ce dernier a annoncé son intention de sécuriser et d’évacuer le dépôt de munitions enfoui sous la montagne. Les travaux de retrait des explosifs ne devraient pas commencer avant 2031, après une première phase préparatoire. Selon les estimations, environ 3500 tonnes de munitions se trouvent sous la roche, et le coût de l’assainissement du site devrait dépasser le milliard de francs.

La catastrophe de 1947

Les risques présentés par ces munitions sont loin d’être nouveaux. Dans la nuit du 19 décembre 1947, une série de déflagrations monumentales provoquent l’effondrement d’un pan de la montagne, rasent la gare et endommagent une vingtaine d’habitations. La ligne de train et la route passant à proximité subissent aussi de lourds dégâts. Près de la moitié des 7000 tonnes de munitions entreposées sous terre viennent d’exploser pour une raison encore inconnue, causant la mort de 9 habitants. Ces événements restent encore dans la mémoire d’une poignée d’habitants qui les ont vécus, mais aussi dans les archives du Temps.

Cette année-là, dans un premier temps, les civils ne sont pas autorisés à accéder à la station. Mais trois jours plus tard, le 22 décembre, le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne rapportent le témoignage d’un envoyé spécial de l’Agence télégraphique suisse (ATS), qui décrit un paysage ravagé:

D’autres explosions surviennent le lendemain, compliquant le travail des secours. Les journalistes de l’époque évoquent rapidement la piste d’une combustion spontanée, et rappellent qu’un autre dépôt avait explosé au fort de Dailly (VD) deux ans plus tôt. Une enquête est menée. Elle écartera les pistes du sabotage ou de la négligence, concluant à une réaction chimique liée aux composants des munitions. La presse révèle aussi que des travaux visant à diminuer les risques d’explosion allaient débuter au sein du dépôt de Mitholz.

De nouvelles expertises

La décision prise par le DDPS s’appuie sur une expertise menée à partir de 2017 à la suite d’un projet de construction d’un centre de calcul. En septembre 2018, elle conclut que les risques sont plus élevés que ceux estimés précédemment. Les enquêteurs de 1948 avaient jugé que les munitions restantes ne présentaient pas de danger majeur. Un avis confirmé par une nouvelle expertise en 1986, au moment de la construction d’un site d’entreposage de matériel pour la pharmacie de l’armée. Cependant, les critères utilisés ne sont pas connus actuellement, aucun document n’ayant été retrouvé.

Nos archives montrent en revanche une reconstruction rapide du village. Moins de deux ans après la catastrophe, des journalistes se rendent dans le dépôt de Mitholz, comme le rapporte un article de la Gazette de Lausanne du 2 juin 1949. Une autre contribution, parue dans le quotidien vaudois le 7 février 1951, évoque les «maisons à galerie, ornées de sentences pieuses, à la manière des ancêtres», qui rappellent le drame.

Depuis plus de 70 ans, les habitants de la commune du Bas-Simmental continuent donc de vivre sur cette poudrière. Nos archives montrent aussi que différents événements naturels ont eu lieu dans la région, faisant d’elle une zone à forts risques géologiques. En 2004, Le Temps se faisait l’écho d’un possible effondrement dans le tunnel routier de Mitholz à la suite d’apparition de fissures. Un mouvement tectonique pourrait ainsi causer un nouvel accident sur le dépôt.

Le DDPS a placé le site sous surveillance. Un système composé de capteurs et de caméras doit permettre de détecter les changements de température, les émanations gazeuses et les mouvements de la roche pour pouvoir prévenir la population. En attendant, le début des travaux, il a lancé une procédure de participation pour consulter les habitants.


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