C’est l’histoire d’une affiche. Où l’on voit trois prêtres, en soutane, tout ce qu’il y a de plus correct, annonçant un de leurs prochains concerts: il y a là deux prêtres chanteurs, Jean-Michel Bardet, 51 ans, Charles Troesch, 33 ans, et Joseph Dinh Nguyen, ancien séminariste, 31 ans. Ainsi que leur imprésario, en quelque sorte, l’évêque de Gap et Embrun, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Le nom du groupe? «Les Prêtres». Tubes à leur actif: «Spiritus Dei», «Gloria» et «Amen».

Sur l’affiche, aussi, il y avait la mention que les bénéfices du concert soutiendraient la cause des chrétiens d’Orient. Ces chrétiens oubliés, chassés, massacrés, martyrisés par les lancinants conflits qui endeuillent le Moyen-Orient.

Mal en a pris aux Prêtres: la RATP leur refusait, fin mars, l’affichage de cette mention sur ses façades. Au motif que la neutralité de la RATP s’en trouverait offusquée, ainsi que le principe de laïcité qui lui est chère…

A l’orée de la semaine pascale, à l’heure où, dans son homélie de Pâques, le pape François lui-même déplorait le silence, selon lui complice, qui entoure le massacre des chrétiens d’Orient, c’en a été décidément trop pour tout un peuple catholique français excédé par ce zèle d’un autre âge.

C’est Le Figaro qui s’en fait le meilleur écho de la presse généraliste: «La polémique a enflé durant tout le week-end pascal. La censure de la mention «chrétiens d’Orient» sur une affiche de concert par la RATP a déchaîné les réseaux sociaux et indigné les politiques de tous bords, au point que, lundi soir, l’entreprise publique finisse par céder, acceptant de rétablir l’affiche initiale.»

C’est que l’indignation ne faiblissait plus, sous l’oriflamme du mot-dièse #ChretiensdOrient. Au point que même Manuel Valls se fendait d’un Tweet, on ne peut plus clair:

Devant un tel incendie (même Jean-Luc Mélenchon a pris fait et cause pour la mention «Chrétiens d’Orient» sur sa page Facebook), la RATP a donc cédé. Ce n’est pas elle, mais le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé, qui l’a fait savoir sur Twitter:

Et Le Figaro de commenter: «Un dénouement qui met fin à trois jours d’intense polémique qui ont vu l’ensemble de la classe politique et la Twittosphère se mobiliser contre l’entêtement de l’entreprise publique, qui avait censuré la mention «au bénéfice des Chrétiens d’Orient» sur 250 affiches d’un concert des Prêtres, groupe catholique créé par l’évêque de Gap Monseigneur Di Falco, qui a déclenché le premier la controverse autour du métro parisien, il y a une semaine»

Depuis, c’est évidemment le soulagement général. A commencer par Mgr Jean-Michel di Falco que la Twittosphère remercie d’avoir tenu bon:

Reste, comme nous l’apprend le site de l’Obs, que les chrétiens d’Orient l’ont eu au travers de la gorge: «Le président de la Coordination des chrétiens d’Orient en danger (Chredo), Patrick Karam, a toutefois indiqué qu’il maintenait son action en référé contre la RATP, car, dit-il, «on veut une jurisprudence. On veut une condamnation pour éviter ce comportement. On ne veut pas de l’arbitraire dans un Etat de droit.»

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