Faut-il augmenter substantiellement les dépenses consacrées à la formation et à la recherche scientifique? Question périlleuse par ces temps de conjoncture morbide et de montée des besoins sociaux. Si l'Etat fédéral hésite à donner un raisonnable coup de pouce aux préretraites des petits salaires, pourquoi offrirait-il plus de 17 milliards de francs sur quatre ans aux écoles polytechniques, aux universités et aux écoles professionnelles?

Parce que la nécessité est avérée. Depuis le début des années 90, la Suisse ne cesse de perdre du terrain dans le domaine scientifique. Par rapport au PIB, ses dépenses pour la recherche (2,6%), sont au-dessous de celles de 1989 et inférieures à celles d'autres pays occidentaux. Et, sur le plan de la formation, il faut être naïf pour croire que les bâtiments clinquants qui abritent les hautes écoles sont un gage de confort à l'heure où certains professeurs doivent faire face à 120 étudiants, voire plus. Les Suisses raffolent des jolies bâtisses, mais c'est à présent dans l'intelligence qu'il faut investir.

Car, en matière de formation, une dépense est un investissement: à force d'être répétée, cette évidence est devenue un slogan soldé en période électorale. Elle demeure néanmoins vitale pour un pays qui ne pourra croître que par ses forces vives, celles qu'il stimulera et celles qu'il attirera. Des analystes et des patrons signalent à juste titre que les grandes entreprises nationales n'embauchent plus, ou peu, tandis que des expériences récentes et cruelles ont montré que le «modèle helvétique» s'effrite bien plus vite qu'il ne s'est bâti. Les emplois de demain naîtront, entre autres, d'une vraie mobilisation pour la recherche, l'innovation et les savoirs. Sans ordre de marche mais avec des idées, des projets ambitieux et des prises de risques.

Pour convaincre totalement, le Conseil fédéral devra toutefois faire le ménage dans l'immense appareil de pilotage de la science et des hautes écoles. L'imbrication parfois kafkaïenne des pouvoirs entre cantons et Confédération, la profusion des structures, la survivance obstinée d'instances devenues inutiles, voire néfastes, rendent les organigrammes hilarants à force d'opacité. La science est déjà complexe, inutile d'en rajouter dans ses hiérarchies.

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