éditorial

Pourquoi mode et écologie sont si mal assorties

ÉDITORIAL. Les distributeurs comme Zalando ou les marques elles-mêmes s’avèrent être de grands pollueurs. Toute la chaîne doit s’organiser pour prendre en compte les aspirations des consommateurs, sinon elle sera frappée par de nouvelles taxes

La consommation effrénée de vêtements, chaussures et accessoires comporte un coût. Selon notre enquête, une entreprise comme Zalando génère, durant une année d’activité en Suisse, autant de gaz carbonique que celle des Transports publics lausannois pendant la même période. Le confort apporté par le commerce en ligne, sa politique de bas coûts et sa culture du service (les renvois ne sont pas facturés) ont déjà causé des dommages irréversibles au commerce de détail. Désormais, la prise de conscience s’étend aussi à l’impact écologique que peuvent avoir ces sociétés. Tout le secteur est concerné, pas seulement les distributeurs. Selon les indicateurs utilisés pour le classement des industries les plus polluantes, la mode vient juste après l’énergie et l’alimentation.

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Avec les propositions commerciales des boutiques d’e-commerce, c’est l’offre qui tire le marché. Plus le service ouvre de possibilités aux acheteurs, plus ceux-ci en profitent. En Grande-Bretagne, un nombre croissant de consommateurs reconnaissent commander des vêtements juste pour se prendre en photo avec puis les renvoient immédiatement et se font rembourser. Le problème, c’est que cela ne concerne pas quelques fondus de mode mais tout un pan de la population. Il serait déjà 10% à céder à cette tendance de la fast fashion, 20% même chez les 35-44 ans, selon l’étude commandée par Barclaycard.

Les entreprises comme Zalando ne paient pas le véritable prix de ces transactions. A cause d’un coût de la logistique très bas, elles écrasent la concurrence classique. Alors même qu’elles ne font souvent pas de bénéfices, elles saturent le secteur avec leur offre bon marché et, une fois que les canaux de distribution traditionnels ont disparu, elles utilisent leur position dominante pour faire remonter les prix. La logique économique classique ne fonctionne pas. Notamment car le modèle d’affaires des acteurs du commerce en ligne prévoit souvent qu’ils ne payent pas ou peu d’impôt.

Du côté des marques de mode elles-mêmes, il y a aussi un long chemin avant une prise en compte du fait écologique. Quand des enseignes bas de gamme, comme H&M, ou de luxe, comme Burberry, préfèrent brûler leurs stocks d’invendus plutôt que de les recycler, cela démontre le chemin qu’il reste à parcourir. Même si de nombreuses maisons comprennent que le consommateur cherche de plus en plus à connaître son propre impact sur l’environnement, notamment à travers ses achats.

La nature n’a pas d’agents taxateurs. Elle ne pourra pas faire pression sur l’OCDE ou d’autres organismes pour une meilleure prise en compte du coût écologique dans le secteur de la mode et de l'e-commerce. Si ces derniers ne s’organisent pas mieux, seuls de nouveaux impôts pourront les contraindre à le faire. Ce serait dommageable pour tous, y compris les consommateurs.

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