la chronique

La mode des Journées

En daignant travailler le 9 mai, jour férié en raison de l’Ascension, les fonctionnaires européens auraient donné l’exemple et un signal à ceux que la crise fragilise. Au diable toutes ces Journées pour les causes les plus diverses, qui tournent au ridicule!

Depuis 1985, le 9 mai est la «Journée de l’Europe» en mémoire de la déclaration Schuman de 1950, considérée comme le coup d’envoi de la construction européenne. Comme si l’UE n’avait pas d’autres chats à fouetter que cette dite Journée, placée entre celle de la Croix-Rouge la veille et celle du lupus le lendemain! Ce sont nos innombrables organisations et associations internationales qui nous inventent ces moments censés permettre la prise de conscience de certains problèmes ou le rappel d’événements historiques.

A elle toute seule, l’ONU en a institué pas moins de 84, auxquelles on peut ajouter une ­dizaine émanant de ses organi­sations collatérales. Celles consacrées à la santé, aux maladies ou à leur prévention ne sont pas moins de 40. L’UE s’y est mise aussi, avec sa «Journée européenne de la mer», sa «Journée européenne des langues» ou sa «Journée mondiale contre la peine de mort».

Mais, trop c’est trop! Au train où vont les choses, il n’y aura bientôt plus un jour de libre, sauf en juillet et août, les vacances étant sans doute jugées peu propices au sérieux qu’exigent de tels sujets. Mais, le reste de l’année, nous devrons, bon gré mal gré, nous prendre la tête chaque matin avec deux ou trois problèmes à la fois. Reste à espérer qu’on ne cumulera pas la «Journée mondiale des zones humides» avec la «Journée mondiale de la lutte contre la désertification»! Ou, pire encore, celle concernant «la lutte contre la faim» avec la «Journée mondiale sans achats». Ou, non sans humour, la «Journée mondiale des hémophiles» avec celle «du donneur de sang». Il serait au contraire pertinent d’associer la «Journée mondiale de l’hygiène des mains» et la «Journée mondiale des toilettes». Ne croyez pas que je me gausse, toutes ces références existent bel et bien!

Trêve de digression, revenons à cette «Journée de l’Europe», qui tombe cette année pile sur le jeudi de l’Ascension, férié un peu partout sur ce continent de civilisation chrétienne. Qu’à cela ne tienne, Bruxelles et Strasbourg ont donc déjà organisé leurs festivités le… samedi 4 mai, ce qui a permis aux fonctionnaires européens de faire ensuite le pont sans contrainte. Un pont d’une semaine entière sachant que le 8 mai est traditionnellement férié et pour ceux qui auront rattrapé leur présence le jour des portes ouvertes, sans oublier que plusieurs d’entre eux étaient en grève le 7 pour défendre leur pouvoir d’achat, pourtant très honorable puisqu’à leur salaire de base s’ajoutent de nombreuses primes et allocations.

Dès lors, en daignant travailler le 9 mai, ils auraient fait un acte hautement symbolique en ces temps de crise, prouvant que ceux qui ont un travail assuré s’engagent par solidarité avec ceux qui pointent au chômage. Ils auraient en même temps respecté la date dédiée au lieu d’en ridiculiser encore plus le principe en l’adaptant à leur gré, selon les hasards du calendrier. Par chance, le 4 mai étant encore libre, je propose qu’il soit désormais bloqué comme «Journée européenne de remplacement en cas de congé le jour dit»!

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