Il était une fois

Le modèle allemand à bout de souffle?

OPINION. En décrivant ce modèle comme «peut-être à bout de souffle», Emmanuel Macron a pris le risque d’une vérité très impopulaire outre-Rhin, relève notre chroniqueuse Joëlle Kuntz

D’où Emmanuel Macron tient-il que «le modèle économique allemand est peut-être en bout de course», comme il l’a dit crânement à Berlin le mois dernier, à l’occasion du sommet des pays balkaniques? A-t-il adopté les thèses de Marcel Fratzscher, qui dénoncent «l’illusion» qu’ont les Allemands de leurs propres mérites comme s’ils étaient les seuls et infaillibles auteurs de leur succès? L’influent économiste rhénan, dont les propositions font toujours débat à défaut d’un appui politique pour les voir appliquées, dresse un tableau sombre de la situation économique de l’Allemagne, en contradiction avec l’autosatisfaction qui règne dans les couches les plus privilégiées du pays.

Il commence ses conférences par une devinette: quel est le pays dont les performances tiennent du miracle depuis la crise financière – quasi plein-emploi, forte compétitivité internationale, politique fiscale sage et prudente? Le public, aux anges, pense à l’Allemagne. Et quel est le pays dont la productivité et la croissance sont faibles, le chômage préoccupant, la protection sociale anémique, les inégalités sociales parmi les plus grandes en Europe et le niveau d’investissements publics et privés parmi les plus bas? L’audience hésite entre l’Italie, le Portugal ou la Grèce. Eh bien non, annonce Fratzscher, c’est l’Allemagne. Les visages s’assombrissent.