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Molière et la VAR

CHRONIQUE. Grâce à l’assistance vidéo, le football devient cinématographique. Merci à la VAR, qui permet de beaux split screens

L’avare, par-ci, L’avare par là… Mais qu’est-ce que Molière aurait à voir avec le football? Y aurait-il des liens secrets entre ce sport surmédiatisé inventé à la fin du XIXe siècle et cet auteur du XVIIe qu’on ne relit pas assez? C’est la question que je me suis posée dans les premiers jours de la Coupe du monde, à force d’entendre des commentateurs plus ou moins inspirés questionner des consultants plus ou moins intéressants sur L’avare, cette farce en cinq actes créée à Paris en 1668. Même si certains propriétaires de clubs ont un côté Harpagon dans leur manière de faire passer les intérêts économiques avant les enjeux sportifs, j’étais un chouïa perplexe.

Puis j’ai compris: L’avare, c’est en réalité «la VAR», à savoir l’assistance vidéo, VAR étant l’acronyme de «video assistant referee». La VAR, donc, est utile aux arbitres pour visionner des images litigieuses et, par exemple, décider d’accorder ou non un pénalty après qu’un Ronaldo ou un Neymar s’est intempestivement laissé choir.

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Pour ou contre l’assistance vidéo? Le débat est vif. Au-delà de savoir s’il est bon ou non d’interrompre le jeu durant de longues minutes, j’aime la VAR pour la sur-dramatisation qu’elle apporte à un sport somme toute assez basique. Soudain, un vrai suspense s’immisce. L’arbitre, alerté via son oreillette, sort du terrain. Il prend place, à l’abri des regards anxieux ou courroucés des joueurs, face à un écran. Puis il reprend sa place et fait part de sa décision. Il y a alors Jean qui pleure et Jean qui rit, comme lors de ce Corée-Allemagne lorsqu’un but annulé puis validé a vu la Mannschaft dire adieu à la cinquième étoile qu’elle convoitait.

Temps suspendu

J’aime la VAR parce qu’elle permet au foot de devenir cinématographique lorsqu'apparaissent, sur un même écran, trois images: le terrain, l’arbitre face à son moniteur et la salle de contrôle moscovite où des assistants sont chargés de scruter toutes les actions et d’avertir le chef de jeu en cas de décision contestable. On a ainsi droit à un split screen tel que les affectionne tant Brian De Palma. Le temps est suspendu, les images vont parler, j’adore ces moments.

Le cinéma a été inventé pour capter le réel en mouvement, là où la photographie le figeait. Au fil du temps, certains réalisateurs se sont mis à tourner avec plusieurs caméras afin de pouvoir filmer une même scène sous plusieurs angles et ainsi mieux en restituer l’essence au montage. Cela fait longtemps que le foot est lui aussi filmé à plusieurs caméras. Il était temps que l’arbitre ait accès aux mêmes images que le spectateur dans son salon.


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