Tous ceux qui ont participé à une édition du Forum de Davos les connaissent. Ce sont les fameux «Davos Moments», ces instants fugaces qui tiennent à la fois à votre condition de pingouin en costume qui déambule dans une station de ski en janvier – ce qui est une mauvaise idée, compte tenu de la température et de l’état des trottoirs enneigés – et au fait que vous avez plus de chances de croiser une idée lumineuse ou une célébrité substantielle ici plutôt que n’importe où ailleurs.

Il faut poser le décor: Davos, c’est 3000 participants enfermés dans un bunker sous un manteau blanc durant cinq jours à donner et/ou écouter des conférences toutes plus passionnantes les unes que les autres. Il fait une température polaire à l’extérieur, beaucoup trop sec à l’intérieur, et la succession de tables rondes vous donne rapidement le tournis.

Sandwich à midi, haricots le soir

Ces fameux «moments» apparaissent en général au bout de quelques jours. Vous êtes à ce moment-là suffisamment shooté: au café en libre accès – ce n’est jamais une bonne idée; au fait de lire bêtement tous les badges de chacun de vos interlocuteurs; au régime sandwich à midi et fagot de haricots en accompagnement le soir, passage obligé dans tous les restaurants ici… Bref, à une répétition incessante de la même journée. Résultat: vous êtes constamment dans un état second.

Et c’est là que l’ironie des circonstances vous saisit. Cela tient au fait de pouvoir en cinq minutes chrono marcher sur les pieds de lareine des Belges (ci-dessous), tamponner Matthieu Ricard dans un couloir et vous dire que ce type assis à 3 mètres de vous vous rappelle vraiment quelqu’un, mais qui? Avant de réaliser que c’est Bill Gates.

La fatigue aide: le «Davos Man» [note pour Klaus Schwab: seulement 21% de participantes encore cette année; il faut travailler là-dessus] commence en général par un breakfast à 7 heures avec des global leaders sur un thème si possible… spatial – dans le sens, plus proche des étoiles que de la réalité de votre humeur matinale. A plus de minuit, le congressiste tente encore d’entrer légèrement éméché dans la huitième de ces innombrables soirées organisées dans les hôtels ou pavillons aménagés par des grandes sociétés pour observer la danse des puissants. Ces séquences avaient d’ailleurs brillamment inspiré notre dessinateur Chappatte pour un reportage BD publié il y a 18 ans déjà.

Tous ces numéros un...

Au milieu, il y a les conférences. Elles se comptent par centaines, avec les meilleurs scientifiques, les gens les plus doués dans leur domaine, les numéros un de la politique internationale, des affaires ou de la société civile. Davos, c’est le seul endroit au monde où l’on peut dire: «Je finis cette table ronde avec le patron de Google pour foncer à celle de Macron. On se retrouve à la soirée du Washington Post ou tu vas au dîner des Nobel?»

Les meilleurs «Davos Moments» de cette édition, qui n’est pas encore terminée, vont beaucoup tourner autour de la présence du président américain. Mercredi, Emmanuel Macron a enflammé le Congress Hall avec son discours d’ouverture. Une bonne partie de la salle s’est levée pour l’acclamer, «c’est arrivé seulement deux ou trois fois au WEF», nous confiait Klaus Schwab en soirée. Donald Trump a sûrement prévu de voler la vedette à tout le monde. Verdict ce vendredi.

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