Et pendant ce temps, le monde continue de tourner. Ce n'est pas que la crise financière ne secoue que les places occidentales. Mondiales, ses répercussions seront bien plus violentes encore dans les pays pauvres. La baisse des cours pétroliers ébranle les Etats producteurs qui, maintenant, s'affolent. Trois banques ont déjà fait faillite en Russie. L'Occident n'est pas seul atteint mais, pendant la crise, il se passe bien d'autres choses presque aussi importantes que ce séisme financier, notamment en Iran.

Grande première, on a ainsi vu, lundi, la théocratie iranienne reculer devant un mouvement social qui menaçait de l'ébranler. Après dix jours de grève des bazars, de ces centres commerciaux dans lesquels continue de se faire une grande part de l'économie iranienne, le pouvoir a remisé une nouvelle loi imposant une TVA de 3%. Les commerçants n'en voulaient pas parce qu'ils craignaient qu'elle ne freine encore la consommation, qu'elle n'alimente une inflation qui est, déjà, en train d'échapper à tout contrôle et qu'elle ne les oblige, surtout, à tenir une comptabilité et à payer leurs impôts, deux choses auxquelles ils ne sont nullement habitués.

Leurs rideaux s'étaient abaissés. Les bazars d'Ispahan, de Machad, de Tabriz et de Téhéran avaient carrément fermé leurs portes mais elles se sont rouvertes lundi, en milieu de matinée, après que des assurances eurent été données aux représentants des grandes corporations, marchands de ceci et de cela, sur une suspension de ce texte.

Ce régime n'a pas voulu risquer une épreuve de force car, bien que les bazars ne fassent plus la pluie et le beau temps en Iran, les mollahs sont bien placés pour savoir que ce sont les marchands qui avaient fait tomber le shah, en 1979, lorsqu'ils étaient passés du côté de la révolution. Le régime iranien a d'autant moins voulu se retrouver dans la situation du régime impérial que, parallèlement, les étudiants s'agitent, qu'ils viennent de manifester, à Chiraz, contre la venue du président du parlement et que les divisions n'ont jamais été aussi ouvertes entre les différents courants de la théocratie.

Le nouveau ministre de l'Intérieur est ouvertement contesté par les députés qui lui reprochent - à juste tire, semble-t-il - de s'être prévalu de faux diplômes britanniques. Le ministre du Tourisme, un proche du président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, auquel il est apparenté par le mariage de leurs enfants, est extrêmement fragilisé depuis qu'il a déclaré que l'Iran n'avait qu'amitié pour toutes les nations, y compris la «nation israélienne». Ce ministre ne voulait que remplir les hôtels et attirer les devises. Il ne voulait que faire son métier mais, entre ce louable désir et les déclarations de son mentor sur la nécessité de «rayer de la carte» l'Etat juif, il y avait comme une contradiction dont se sont saisis tous les adversaires du chef de l'Etat car l'Iran est en campagne présidentielle.

L'élection n'aura lieu qu'au début de l'été, mais la bataille fait déjà rage parce que Mahmoud Ahmadinejad veut se représenter, que des pans entiers du régime ne veulent plus de cet aventurier imprévisible et que le Guide suprême, le chef du clergé, l'homme le plus puissant d'Iran, soupèse encore les avantages et les inconvénients de sa reconduction. Au-delà du président sortant, c'est toute la question des relations avec les Etats-Unis qui est posée. Compromis ou épreuve de force, le régime iranien hésite. Entre réalistes et illuminés, les couteaux sont tirés à Téhéran.

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