L'histoire retiendra les décisions arrêtées ce week-end à Washington, à Paris et dans plusieurs capitales. Comme l'a déclaré la ministre française des Finances, Christine Lagarde, «le monde ne sera plus comme avant».

Bien sûr, on peut déplorer que les responsables politiques n'aient pas été plus vite. Il aura fallu une semaine inouïe de brasier boursier et de paralysie bancaire pour qu'ils mesurent le coût de leur manque de coordination. La perspective d'un cataclysme, chaque jour plus réelle, les a encouragés à balayer les dogmes et les calculs. En 48 heures, ils se sont résignés à valider un basculement des règles de fonctionnement de la planète financière.

En adoptant le principe d'une double assurance de l'Etat, sur la recapitalisation des banques affaiblies et sur les prêts interbancaires, les pays les plus riches du monde, y compris les Etats-Unis, ont choisi l'arme de dernier recours.

Comme toute charge atomique, son effet préventif doit permettre de ne pas y recourir. Elle est destinée à provoquer un choc de sécurité tel qu'il soit capable, par son souffle, d'éteindre l'incendie des bourses et de relancer le cœur du système atteint d'infarctus: la confiance entre banques, qui assure la circulation du crédit et donc le sang de l'organisme économique tout entier.

Il s'agit moins d'un plan qu'un plan de plans. Une organisation globale de ripostes nationales, graduées en fonction de situations différenciées. Le détail de ces opérations reste à connaître, c'est leur limite, mais toutes ont pour objectif d'étendre la protection publique à l'ensemble de la chaîne bancaire.

D'innombrables questions vont se poser sur la manière dont les Etats utiliseraient, le cas échéant, leur autorité de contrôle sur les établissements qu'ils contribueraient à sauver. Mais à l'urgence nul n'est tenu, et pour l'heure, les ambulanciers vont aux organes vitaux.

A plus long terme, c'est l'ensemble des systèmes d'évaluation et de rémunération du risque qu'il s'agira de réviser: par de nouvelles règles sur les fonds propres des banques, sur la valorisation de leurs bilans, sur la création d'instruments dérivés de crédit. Ce chantier-là doit être global et, parce qu'il paraît indisepensable, il est en mesure d'entraîner la naissance d'une autorité planétaire de régulation financière.

On n'en est pas là, tant s'en faut, mais un tel week-end suffit déjà à s'en assurer: le monde a bel et bien changé. Reste à savoir si les marchés gardent assez de rationalité pour en prendre acte.

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