Revue de presse

Mondial 2018: et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne? Pas cette fois

Les médias allemands étrillent la Mannschaft. Joachim Löw prend des coups et le «Spiegel» le rapproche d’Angela Merkel, qui devrait aussi se poser des questions… Il y a un peu de «Schadenfreude» ici ou là, mais surtout de la stupeur

«Il n’y a pas de mots»: voilà ce qu’avait titré le Bild après le score historique de 7 à 1 contre le Brésil il y a quatre ans. Aujourd’hui, après la calamiteuse élimination de la Mannschaft dans les phases de poules de la Coupe du monde de football en Russie, il peut allègrement se répéter: «Ohne Worte.» Sur le site de la FIFA, il y a toutefois ces trois termes-ci: «Incompréhension, confusion, déception.» A la fin, donc, cette fois, l’Allemagne ne gagnera pas – et de loin – «car pour la première fois dans l’histoire du football de ce pays, nous n’avons pas survécu à la ronde préliminaire», se désole le quotidien de Berlin. Là-dedans, «pas de malchance», mais «qui perd contre le Mexique et la Corée du Sud» récolte la sanction de ses «performances catastrophiques».


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On ne rentrera pas dans les détails des critiques des médias et du grand public sur les choix de sélection faits par Joachim Löw, coach autrefois si adulé, mais qui chute aujourd’hui lourdement dans les stats de la presse de boulevard. Il a sous-estimé «le scandale Erdogan autour d’Özil et de Gündogan», il n’a pas su instiller «de feu, de passion». «Une ère se termine. Est-ce que cela s’applique également à l’entraîneur? Après douze ans, Löw doit se demander s’il est prêt à apprendre de ses erreurs en Russie et à changer radicalement»:

Le site spécialisé Kicker le confirme: «Après ce fiasco, tout doit être remis en question, Löw aussi.» C’est à l’image de la presse allemande, «sidérée et incrédule» dans sa totalité et qui «n’épargne personne», selon Courrier international. «Aus. Aus. Der Traum ist aus. Wenn es denn wirklich einer war», «Fini. Fini. Le rêve est fini. Si c’en était réellement un», écrit par exemple la Süddeutsche Zeitung (SZ). «Quel fiasco!» s’exclame aussi le Spiegel, dont le site a publié de nombreux articles consacrés à cette débâcle historique. «Il faut tout reconstruire» dans ce «onze» si vieux, sans imagination, sans pouvoir». Son infographie est trop éloquente:

Non, décidément, il n’y a pas de mots. Seulement de la stupeur. «Le naufrage allemand» pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ); «la honte historique de l’Allemagne» pour Die Welt. Et Die Zeit ajoute: «C’est fini de chez fini, comme jamais nous ne l’avons vu. L’équipe allemande manquait d’idées, d’envie et de buts. Et cela ne date pas du match contre la Corée.» Oui, «ils ont perdu parce qu’ils n’ont plus de classe», estime la FAZ.

«Le plus absurde», c’est que cet échec s’annonçait «pendant tous les matches préparatoires et que personne n’a voulu le voir», s’étrangle la SZ. Löw s’est lourdement trompé quand il a balayé d’un revers de main les matches amicaux honteux contre l’Angleterre, la France ou l’Espagne […], en disant que ses champions retrouveraient le bon mental au bon moment», déplore Kicker.

Et de poursuivre: «C’est le contraire qui s’est passé! Il n’a pas pu exorciser le train-train qui s’était installé dans la Mannschaft depuis sept mois, ce foot en slow motion dépourvu d’idées et d’énergie.» Alors, le Spiegel ose aussi un audacieux parallèle: «Si un lien existe entre la nation foot et la politique, Angela Merkel peut déjà penser à démissionner. Comme Joachim Löw, elle est en fonction depuis longtemps: les deux ont peu envie de justifier leurs décisions polémiques, les deux ont réalisé de grandes choses, les deux sont pourris par le succès. […] Au moins, on verrait disparaître deux lourdeurs: le titre de champion du monde déchu et la cheffe de la nation leader du monde libre en Europe.»

Pour France Culture, «quand la direction de la sortie s’accompagne d’un point d’exclamation, elle se transforme généralement» en cri de dépit: «Raus!» C’est le cas de la Rheinische Post et du Tagesspiegel, notamment. «HAHAHAHAHAHHAHAHAHA», rient les médias du monde entier, selon ce dernier, entre compassion et Schadenfreude. «Les photos de ces supporters allemands effondrés sont également partout, ce matin, à la une de la presse européenne et en particulier britannique, laquelle a du mal à cacher sa satisfaction.» Alors que «le Daily Mail jure ses grands dieux que l’Angleterre tout entière n’a pu retenir ses larmes», l’Independent.co.uk «entend afficher sa compassion en préférant, dit-il, ne pas mentionner le score». De quoi inspirer @LeMondeHistoire de manière un peu douteuse:

Bref, c’est un peu le jour du jeu «à qui étrillera le plus la Mannschaft», comme l’a remarqué Europe 1. A l’instar du Tagesspiegel, qui évoque une équipe «coulée», une performance «faible et décevante». Le quotidien berlinois va même jusqu’à parler d’«embarras» devant les 41 835 spectateurs du stade de Kazan. L’air de dire: «Pardon d’avoir été là.» Ou pas là.

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