Revue de presse

Mondial de foot 2022: Sepp Blatter règle ses comptes avec le Qatar

En Norvège à la mi-octobre, le président de la FIFA aurait affirmé que l’émirat, qu’il soupçonne de collusion avec l’Etat islamique, n’organiserait finalement pas les championnats du monde. L’empire dément, mais les dérapages du Haut-Valaisan ont été si nombreux qu’on se demande qui il faut croire

C’est titré «Ein Abendessen in Oslo», et il faut bien dire qu’elle est restée un peu inaperçue, en dehors des médias sportifs, cette petite bombe publiée lundi 10 novembre par le magazine allemand Der Spiegel. Un dîner à Oslo, donc, donné en l’honneur de Son Excellence du Ballon Rond par la Fédération norvégienne. Repas au cours duquel «le président de la FIFA aurait affirmé» que le Mondial 2022 n’aurait «pas lieu au Qatar», avant de stigmatiser «l’arrogance des Arabes», ces gens qui croient «pouvoir tout se permettre parce qu’ils ont beaucoup d’argent». Enfin, enfin, il aurait «trahi» ses vrais sentiments:

Les propos ont évidemment été démentis par la FIFA – qui rétorque, lénifiante, que cela ne correspond «pas à ce qui s’est réellement passé» – mais ils «sèment le doute» pour Le Figaro Sport. Qui croire, donc? «Blatter a contre lui un certain nombre de casseroles qui ne plaide pas véritablement en sa faveur. Déjà, sa position sur l’attribution du Mondial au Qatar est connue depuis l’interview qu’il a accordée» à RTS Info ce printemps: «C’était une erreur», affirmait-il alors, tout en se dédouanant de toute responsabilité et en taclant au passage Michel Platini:

En fait, «il ne se passe pas un mois sans qu’une déclaration, plus ou moins fracassante, ne vienne remettre en question l’organisation» de cette Coupe du monde dans le Golfe, rappelle Europe 1, selon laquelle «le boss de la FIFA aurait aussi dénoncé les rapports entre le Qatar et l’organisation terroriste Etat islamique». Et il est devenu un secret de polichinelle qu’il ne s’entend pas du tout avec les dirigeants de l’émirat. Du coup, les tentatives de détournement de la conversation entre journalistes sportifs et olympe footballistique se font plus nombreuses, en s’attardant sur une éventuelle tenue du tournoi international en hiver, et bla bla bla. Et bla bla bla…

Mais Joseph Blatter aurait-il plutôt «désormais dans l’idée d’organiser la compétition ailleurs que sur la péninsule Arabique?» se demande L’Equipe. En tout cas, il «alimente la polémique», titre Radio France internationale, il «met une nouvelle fois le feu aux poudres», tient «des propos très durs et accusateurs», tout en souhaitant – on le sait – obtenir un cinquième mandat à la tête de la FIFA en 2015. Il fait «des confidences explosives», traduit BFMTV/RMC Sport. Qui s’ajoutent à son «douteux palmarès», puisqu’il «avait notamment suggéré aux homosexuels de s’abstenir de toute activité sexuelle durant la compétition», rappelle Le Point.

Le Top 5 des ratés

Le Figaro, au passage, en a profité pour établir «le Top 5 des ratés» du Valaisan. Petit a) «Blatter et le racisme» (l’affaire Luiz Suarez versus Patrice Evra), à revoir sur CNN. Petit b) «Blatter et la communauté gay» (voir ci-dessus). Petit c) «Blatter et le dopage»: pour lui, on sait qu’il «n’y a pas de dopage organisé dans un sport collectif», sauf qu’il précise que cela n’existe «pratiquement pas». Petit d) «Blatter et les tenues féminines»: en 2004, il trouvait que les footballeuses pourraient «avoir des shorts plus serrés». Petit e) «Blatter et ses idées révolutionnaires», comme «grandir les cages de football, supprimer les matches nuls et la prolongation durant les Coupes du monde»…

Pour le site de France Télévisions, attention: il n’y a pas lieu de forcément croire M. Blatter: «Assez bien informé sur la question d’un éventuel retrait de l’organisation du Mondial au Qatar par la FIFA, Der Spiegel a écarté d’un revers de la main cette possibilité. Celle-ci serait impossible. Et pour cause: s’il venait à être écarté, l’émirat userait de tous les recours possibles en justice pour faire respecter son droit et récupérer au passage des indemnités. «La FIFA a beau être riche, le Qatar est plus riche encore», a écrit l’hebdomadaire pour conclure son papier. De fait, et un peu par défaut, «le Mondial aura bien lieu au Qatar» comme l’a soutenu le porte-parole de la FIFA.»

Voie royale pour Platoche?

Les paris sont donc ouverts. Et «c’est Michel Platini qui se frotte les mains…» s’amuse le site Sports.fr. Car «depuis bientôt quatre ans, le débat sur la tenue de la compétition en plein été dans ce pays brûlé par le soleil – sans parler des conditions de vote pour le moins étranges – fait régulièrement la Une de la presse. […] Et pendant ce temps-là, tout va bien pour l’UEFA. Jusqu’à présent, l’instance européenne a, elle, évité les soupçons de corruption interne et a même fait de la lutte contre les matches truqués et le racisme ses chevaux de bataille sous la houlette de Michel Platini. […] L’ancien meneur de jeu des Bleus […] a maintenant décidé de suivre son propre chemin qui devrait le mener à prendre la succession du Suisse en 2019.»

«Son parcours vers le «trône» n’en sera que moins chaotique.» Mais d’ici là, il peut se passer encore tellement de choses… Car on soupçonne aussi que la FIFA ait demandé aux Etats-Unis d’établir un dossier «plan B» afin de remplacer le Qatar en 2022 au cas où les polémiques purement footballistiques persistaient. Mais aussi au cas où la situation politique venait à se compliquer encore au Moyen-Orient et donnait raison au président Obama…

La revanche US?

Lequel avait déploré, en 2010, «une mauvaise décision». Il regrettait «que les Etats-Unis en aient été privés. […] Soutenue par Bill Clinton, la campagne des Etats-Unis avait été largement encouragée» par un président «auteur d’un message vidéo très fort diffusé à Zurich avant les votes. Il y décrivait la passion des Américains pour le sport et le foot, rappelait que les Etats-Unis avaient organisé le Mondial le plus regardé au monde en 1994, et insistait sur le caractère multiculturel et enthousiaste de sa nation.»

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