Opinions

Monica? So what!

Par Maria Pia Mascaro

On avait cru qu'il suffirait d'un prénom pour ternir à jamais l'image d'un président, le chasser de la Maison-Blanche et mettre sens dessus dessous le pays. Qu'à cela ne tienne, Bill Clinton restera peut-être en place.

Mais ses coreligionnaires du Parti démocrate prendraient la raclée à sa place, pour ne pas s'être détournés de leur leader à la lecture du rapport Starr qui détaillait par le menu son aventure extraconjugale avec Monica Lewinsky. Là encore erreur. Sauf surprise de dernière minute, les démocrates sauveront les meubles lors des législatives de mardi et ne concéderont guère plus de deux ou trois sièges au Sénat, une petite douzaine à la Chambre des représentants. Rien d'exceptionnel pour le parti du président qui cède toujours du terrain aux élections du mid-term et ce…. depuis la guerre de Sécession, à la notable exception de l'année 1934. Pour la simple et bonne raison que les Américains ont toujours marqué un goût prononcé pour l'équilibre du pouvoir entre l'exécutif et le législatif. Et n'en déplaise à Monica et plus encore à ceux qui auraient voulu exploiter la romance entre la jeune stagiaire et le président, il n'en ira pas différemment lors de ces joutes électorales.

Aux politiciens qui ont fait la sourde oreille jusqu'ici, de tirer la leçon de ce scrutin somme toute très ordinaire. Les Américains, qu'ils se montrent tout à tour puritains, protectionnistes ou libéraux, sont avant tout de grands pragmatiques. Ebranler la présidence pour une affaire de mœurs serait porter une insulte à leur intelligence. Et s'ils n'approuvent guère le comportement moral de leur leader, ses manquements ne justifient pas une punition aussi grave.

A la classe politique de décrypter le message. La bouderie annoncée aux urnes mardi devrait leur signaler la voie à suivre. Les Américains au fond ne font que demander à leurs politiciens de s'occuper de… politique. Au sens premier du terme. A leurs préoccupations quotidiennes, ils veulent des propositions concrètes. «C'est l'économie, idiot», lançait non sans culot le jeune Bill Clinton en 1992, avec le succès que l'on sait. Six ans plus tard, l'économie américaine, malgré quelques signes de ralentissement, demeure en bonne santé, la criminalité est en passe d'être jugulée. Les Américains, en bon pragmatistes à nouveau, passent à l'étape supérieure. «C'est l'éducation, les pensions et les impôts, idiots», disent-ils désespérément à leurs politiciens. Qui seraient bien inspirés de les écouter s'ils ne veulent pas que leur sort soit tranché à l'avenir par les extrêmes de l'échiquier politique, les seuls à faire preuve de mobilisation électorale.

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