Revue de presse

Mais qui est ce Monsieur Conte qui va probablement gouverner l’Italie?

Ce raffiné juriste très méconnu a été proposé par le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue comme futur président du Conseil. Le Quirinal doit trancher ce mardi matin. Mais les médias se méfient d’un premier ministre qui pourrait bien se trouver en position de faiblesse

Sergio Mattarella, le président de la République italienne, poursuit ce mardi ses consultations après avoir reçu la proposition du Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et de la Ligue (extrême droite) de nommer Giuseppe Conte pour diriger le pays. Il reçoit à partir de 11 heures les présidents du parlement, Roberto Fico pour la Chambre des députés et Elisabetta Alberti Casellati pour le Sénat.

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Mais qui est exactement Giuseppe Conte? «Un juriste inconnu», répond sobrement Courrier international. Professeur de droit de 54 ans à Rome et à Florence, entre autres, totalement inexpérimenté en politique. «Un technocrate, pas un politicien», dit la Süddeutsche Zeitung (SZ), ce qui ne manque pas de piquant si l’on se souvient que la Ligue et le M5S ont «toujours trouvé que les technocrates à la tête du gouvernement étaient des usurpateurs de pouvoir parce qu’ils gouvernaient sans mandat populaire». A l’image de Mario Monti en 2011, qu'ils «accusaient d’être à la botte de Bruxelles», précise Le Monde.

Dans cette position provisoirement peu confortable, le président de la République – qui a un droit de veto constitutionnel – devra donc avoir confiance et valider ce choix pas si inattendu que cela, puisque Giuseppe Conte était déjà pressenti comme ministre de la Fonction publique, dans laquelle il devrait donner un immense coup de balai s’il accède finalement au palazzo Chigi. Mais il est tellement inconnu du grand public italien que Le Soir de Bruxelles, le Washington Post et le Guardian utilisent tous trois ce même terme pour décrire le probable futur chef du gouvernement italien. Même le quotidien économico-financier de la Péninsule Il Sole 24 Ore s’interroge sur les aptitudes du «probabile premier non eletto del governo M5S-Lega», qui bénéficie de soutiens en France:

Il a «un CV long comme le bras»: 18 pages! fait remarquer le quotidien bruxellois, qui voit un risque de «faiblesse» gouvernementale avec un «leader de papier aux ordres». Mais comme l’explique le journal britannique, il est tout de même le «cerveau» qui a formalisé cette idée du M5S qu’il fallait «abolir 400 lois jugées inutiles pour alléger une bureaucratie boursouflée qui pèserait sur la croissance économique de la quatrième puissance européenne». C’est la ligne de force «libérale pur sucre» que défend celui que Le Figaro et le New York Times considèrent comme un homme «pimpant porté sur les mouchoirs blancs» avec son allure «costume trois-pièces, pochette et boutons de manchette». Mais cet «Italien raffiné» à «l’élégance classique» est tout de même passé – excusez du peu – par la Sorbonne, Yale et Cambridge.

«Un ego démesuré»

«Ses soucis de carrière ne l’ont jamais empêché d’avoir un ego démesuré, indique L’Obs. Certains blogueurs ont calculé que la liste de ses publications postées sur différents sites varie de 12 à 24 pages. «Every accomplishment starts with the decision to try», avait-il publié sur sa page Facebook jusqu’à ces jours-ci: «Toute réussite commence par la décision d’essayer.» Déclaration on ne peut plus volontariste. Il aurait même, toujours sur Facebook, inséré cet avertissement insolite et vaguement méprisant: «Ecrivez-moi comme si chacun de vos messages devait vous coûter 10 euros, cela vous aidera à concentrer votre pensée».»

En résumé, on peut dire qu’on a affaire à un homme tout de même «respectable», qui «n’a absolument rien à voir avec la partigianeria, la «partisanerie», comme on dit en Italie, Son parcours lui a évité jusqu’ici le contact direct avec les groupes dirigeants des partis, et sa carrière s’est déroulée sans rien devoir aux faveurs ou aux spintarelle, les fameux «coups de pouce» de quelque notable local. Toutes choses qui sont hélas fréquentes en Italie. C’est son atout numéro un devant une opinion publique dégoûtée jusqu’à la nausée de la corruption.»

Futur «otage technique»?

La Repubblica, elle, est allée jusqu’à interroger l’ancien instituteur de cet homme qu’il décrit comme «un enfant prodige, intelligent, sérieux, jamais exubérant». Il semblerait que ce soit même cette «nature timide et prudente» qui lui ait valu la confiance» de Luigi Di Maio. Qui pourrait bien en faire son «otage technique», au bout du compte. Mais malgré tout, au Corriere della sera, Giuseppe Conte confie tout de go que «la possibilité d’entrer en politique» directement comme président du Conseil «ne l’effraie pas du tout». D’ailleurs, Matteo Salvini, le leader de la Ligue, tout comme Di Maio, le voulaient, ce poste, «mais par un veto croisé, ils ont dû se résoudre à choisir une tierce personne», explique Libération. Le premier, minoritaire, convoite donc désormais l’Intérieur, «pour y appliquer son programme d’expulsion des immigrés».

Ce qui risque au bout du compte de passablement modifier la photographie ci-dessus. Mais quoi qu’il en soit, ce 65e président du Conseil en septante-deux ans (!) devrait donc «diriger le pays» et il vaudrait mieux, pour ce faire, qu’il ne soit pas «la marionnette» des deux partis qui l’ont choisi, avertit El País à Madrid, de concert avec le Corriere. «Lors de négociations à Bruxelles par exemple, les autres gouvernements ne vont pas attendre que le premier ministre italien consulte son conseil de surveillance avant d’apposer sa signature», prévient le second.

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