Réunion sous haute tension au 36e étage de l'Eurotower à Francfort. Le comité de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) y prend aujourd'hui place, sous la présidence de Jean-Claude Trichet. Comme le premier jeudi de chaque mois, la BCE va annoncer quelle inflexion elle donne, ou pas, à la politique qu'elle mène.

Ce jeudi ne s'annonce toutefois pas comme les autres. Car l'Europe est en crise, monétaire. A un plus haut «historique» face au dollar (1,28 dollar contre 1,05 il y a tout juste un an!), la force de la monnaie unique pénalise les exportateurs. Pire, sa vigueur menace désormais de casser le peu de croissance dont la zone euro espère enfin profiter en 2004.

Jean-Claude Trichet, gouverneur de la BCE depuis le 1er novembre, va passer son baptême du feu. Le poids sur ses épaules est d'autant plus lourd que, sur le papier, il a pour mandat la seule stabilité des prix. Aucun objectif de taux de change n'a été assigné à l'institut de Francfort. Contrairement aux responsables politiques européens, un euro rival du dollar sur la scène internationale n'a, en outre, jamais fait partie des ambitions de son prédécesseur, Wim Duisenberg. Un profil bas que celui qui a donné à la France une monnaie forte a, lors de son arrivée, affirmé conserver. Mais l'enjeu est trop grand pour que la BCE fasse la sourde oreille. Car la force de l'euro ne doit presque rien à la vigueur de l'économie européenne et presque tout à la faiblesse du dollar.

Les Américains, eux, se frottent les mains. L'équipe du président Bush, plus que tout autre. Elle voit dans la chute du billet vert un moyen de ménager les lobbies industriels, soutien précieux en année électorale. Le renchérissement des produits étrangers lui profite aussi parce qu'il devrait d'ici le mois au novembre se transformer en création d'emplois. De quoi gagner des électeurs.

En attendant, la zone euro encaisse le coup et risque la récession. Jean-Claude Trichet n'a pas la réputation de mettre facilement de l'eau dans son vin. Il y va de sa crédibilité. Dans le même temps, il apparaît donc de plus en plus difficile qu'il ne parle pas de l'euro pour freiner son appréciation, comme lors de la réunion de décembre. S'enfermer dans son silence nuirait aujourd'hui à cette même crédibilité. Même s'il ne baisse pas son taux d'intérêt directeur, le gardien de la monnaie unique, que l'on dit bon communicateur, peut encore utiliser la puissance des mots. Monsieur Trichet, nous vous écoutons!

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.