Images

«Montrer l’émotion d’une personnalité politique»

Nigel Farage a-t-il été volontairement présenté dans une posture désavantageuse? Explication du choix des photos des hommes et femmes politiques qui illustrent les articles du «Temps»

Un lecteur nous a fait part de son mécontentement suite à la publication d’une photographie de Nigel Farage, le leader du Parti du Brexit, dans notre édition du 23 mai. Celle-là illustrait le reportage de notre correspondant en Grande-Bretagne dans une ville britannique qui oscillait «entre désillusion et colère» à la veille des élections européennes. «Le choix d’un tel cliché avec les doigts flous au premier plan lui donne l’air d’un monstre…», écrit-il. Et ajoute douter qu’il s’agisse «d’un malencontreux hasard». Nigel Farage a-t-il été volontairement présenté dans une posture désavantageuse?

Lire l’article en question: A Wolverhampton, la population crie à la «trahison» du Brexit

Se rabattre sur un portrait

Ce message fait sourire Catherine Rüttimann, responsable du service iconographie, qui avoue s’être posée la question du message que pouvait véhiculer cette photographie. «L’article portait sur Wolverhampton, se souvient-elle. J’ai passé pas mal de temps à chercher, sans la trouver, une image de la ville en lien avec le Brexit ou avec Nigel Farage. J’ai dû me rabattre sur une image récente de ce dernier.»

Mais celles du politicien le montrent souvent la bouche ouverte, voire de travers. Des images qui pourraient être perçues comme moqueuses. «Nous ne voulons pas rendre quelqu’un ridicule. Ce n’est pas notre rôle, souligne-t-elle. Nous voulons que le journal soit aussi beau qu’il est bon.» Elle ajoute: «Toutes les personnalités politiques ne sont pas photogéniques. Trump est orange avec des cheveux jaunes et il en joue. A l’opposé, Macron est attentif à son image et ses photos se ressemblent toutes.»

L’esthétisme de l’image

Le portrait choisi sortait du lot par son intensité. «Son cadrage rapproché dégageait une colère qui collait avec le titre de l’article: «A Wolverhampton, la population crie à la «trahison» du Brexit», estime Catherine Rüttimann. Montrer l’émotion d’une personnalité politique véhicule quelque chose de vrai. Farage est en verve, fâché, et sa main tendue ajoute un côté théâtral.»

Est-ce qu’il est monstrueux? «Je vois comment on pourrait le penser, mais aurait-il fallu choisir une image plus lisse pour éviter à tout prix d’influencer l’opinion des lecteurs? Ce serait malhonnête en plus d’être irréaliste», répond-elle.

Des contraintes de temps et de format

Les photos des hommes et femmes politiques qui accompagnent les articles sont méticuleusement choisies par son service, qui est aussi soumis à des contraintes de temps et de format. «Ce ne sont pas toujours les mêmes sur le papier et sur le web, rappelle-t-elle. Sur internet, les délais de publication sont plus courts et le format de l’image est horizontal. Sur le papier, nous devons insuffler du rythme et veiller à l’homogénéité de nos pages.»

Publicité