Casino de Montreux, 8 juillet 1991. Miles Davis monte sur la scène du Jazz Festival. On ne le sait pas encore, mais c’est la dernière fois, il décédera moins de trois mois plus tard. A même pas 18 ans, je découvre enfin «Miles» en vrai, dirigé par Quincy Jones.

Ce n’est sans doute pas la plus grande prestation ici du trompettiste, plié sur son instrument, tournant souvent le dos au public et un peu noyé par le copieux jazz-band qui l’entoure; mais c’est un souvenir puissant. Cette mémoire, comme bon nombre d’autres concerts montreusiens, a fait l’objet d’un album sorti en 1993. Mais surtout, comme tout le festival depuis ses débuts, a été enregistré, son et image, via les meilleures technologies du moment.

Pour se souvenir: La revanche du lion Miles Davis («Journal de Genève», 10.07.1991)

Montreux, c’est une légende artistique et technologique. Passionné non seulement de musique, mais aussi des supports les plus performants pour la valoriser, son fondateur, Claude Nobs, a toujours veillé à ce que les nuits du festival soient immortalisées en haute-fidélité. Et il n’était pas peu fier, à qui avait le privilège de passer un moment dans son célèbre chalet de Caux, d’ouvrir son auditorium où, dans un décor de vieilles pierres et de vénérables poutres, enfoncé dans d’authentiques fauteuils Swissair, on se goinfrait tant d’un concert joué la veille que d’une incroyable archive.

A l’Unesco

Longtemps, ce matériel hors norme a été stocké – bandes, cassettes ou autres supports – au chalet même, dans un espace protégé. Et puis, la numérisation a fait son œuvre à l’EPFL: plus de 5000 heures de musique avalées dans de maous serveurs, sept ans de travail pour une mémoire inscrite à l’Unesco. Mieux encore, Tutu (encore Miles) ou Smoke on the Water de Deep Purple ont été les premiers morceaux au monde fixés sur la prometteuse technologie de l’ADN synthétique.

Lire aussi: A l’EPFL, la mémoire populaire du Montreux Jazz

Ces images, quand on a la chance de les revoir, viennent raviver nos mémoires, nous qui sommes passés par le Casino ou le Strav', une fois, plusieurs fois, souvent. Et chaque prestation est autant un patrimoine de l’humanité qu’un morceau de biographie pour les quidams, associant des notes, bleues ou pas, à une tranche de vie, une amitié, un amour. Cette mémoire-là est au moins aussi importante que l’archivage culturel. L’EPFL, c’est moins connu, en a fait le constat et s’y est attelée, via un programme de récolte de témoignages. En attendant, Le Temps propose sa sélection en toute subjectivité, comme le sont nos souvenirs.

Lire, regarder et écouter: Revivez l’histoire du Montreux Jazz Festival en 25 concerts de légende


(Ré)écoutez les concerts historiques du festival à travers le site Montreux Sounds. Retrouvez tous les éditoriaux du «Temps».