Editorial

La mort annoncée d’une exception romande

La réforme de la caisse de pension publique genevoise signe la fin des promesses intenables sur les retraites des fonctionnaires

Cette fois-ci sera-t-elle la bonne? Quatre ans après une réforme qui s’est révélée rapidement insuffisante, le gouvernement genevois veut soumettre à un véritable changement de régime la Caisse de pension de l’Etat (CPEG). Celle-ci occupe depuis des années la position la moins flatteuse parmi les caisses publiques suisses: son taux de couverture a rechuté au-dessous de 60%, ce qui signifie que près d’un franc sur deux promis aux retraités et futurs retraités n’est pas assuré financièrement.

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Ces promesses au financement hypothétique n’ont dérangé personne pendant longtemps. Elles ont été favorisées pendant tout le dernier tiers du XXe siècle par l’euphorie de la croissance de l’Etat. C’est le cas en particulier dans les villes et cantons romands, qui, fiers de leur exemplarité, se sont montrés d’une grande générosité envers leur personnel retraité.

Mais la différence avec les conditions auxquelles sont soumis les salariés du privé n’était plus tenable. Le régime de retraite a fini par symboliser, autant que la sécurité de l’emploi ou les automatismes salariaux, les privilèges d’une minorité de la population. Les actuels pensionnés de la fonction publique forment à cet égard la génération la mieux traitée de tous les temps, passés et futurs, a-t-on pu dire.

D’autre part, les nouvelles exigences fédérales sur la couverture des caisses obligent les autorités à de coûteuses injections de capital, qui pèsent sur tous les contribuables tout en plombant les finances publiques.

Les cantons alémaniques ont été les premiers à modifier le régime de leurs caisses de pension, parfois avant même que la Confédération ne s’en mêle, comme ils ont aussi été les premiers à assouplir le statut de la fonction publique. Des réformes menées sans trop de contestation le plus souvent. Mais en Suisse romande, pour des raisons liées au poids de l’Etat, de ses agents et de leurs relais politiques et syndicaux, le débat tourne souvent à la guerre de tranchées sur la défense des acquis.

Le projet du Conseil d’Etat genevois prévoit une nouvelle recapitalisation, le passage à la primauté des cotisations et une plus grande participation des agents publics à leur future retraite. Sa présentation, mercredi, va vraisemblablement ouvrir une rude bataille politique. Mais ses intentions manifestent d’emblée, d’autant plus clairement que le canton de Genève y était le moins disposé, que le temps des promesses non tenables, des recapitalisations récurrentes financées par tous les contribuables, du manque de transparence dans le financement du régime et d’une forme d’exception romande est révolu.

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