Vous aimez être secoué? Dérangé? Provoqué? Allez voir Abou Leila. C’est un film de l’Algérien Amin Sidi-Boumédiène, sorte de road movie qui, partant d’Alger, s’enfonce dans le désert. L’action se passe en 1994, en pleine guerre civile. Ce que fuient ou cherchent les deux hommes qui roulent vers le sud n’est connu que par bribes incertaines. Et le propos est encore plus déroutant quand le récit devient brutal et halluciné. Mais pour qui a tenté de déchiffrer le conflit qui a ensanglanté l’Algérie durant la dernière décennie de l’autre siècle, dans son horreur, ses jeux de miroirs, ses faux-semblants et ses manipulations, le film de Sidi-Boumédiène, qui ne parle jamais directement de la guerre, en est la plus troublante narration.

Une œuvre majeure, peut-être, entourée de silence. Quand je l’ai découverte l’autre jour, dans une salle de plusieurs centaines de sièges, nous étions trois. Et il y a quelques mois, dans une salle encore plus grande, j’avais assisté, tout seul, à la projection d’un film – il me semble – de l’Israélien Amos Gitaï.