Donald Trump avait de quoi triompher dimanche en annonçant l’élimination du chef de l’Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. A l’instar de son prédécesseur Barack Obama informant ses compatriotes de la mort d’Oussama ben Laden sous les tirs d’un commando américain au Pakistan en 2011, il peut en attendre un regain important de popularité à un moment clé: à l’heure où s’intensifie la campagne présidentielle au terme de laquelle il compte bien être réélu, l’an prochain, à la tête des Etats-Unis.

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Une telle opération est en effet extrêmement populaire. Elle flatte ses auteurs, les forces armées et les services de renseignement américains. Et, au-delà d’eux, les Etats-Unis en général, dont elle souligne la pugnacité et l’efficacité. Elle apparaît simultanément comme une victoire de la justice. «Justice est faite», a d’ailleurs déclaré dimanche Donald Trump, reprenant la formule utilisée par Barack Obama il y a huit ans. Certes, il n’est pas question ici de la justice civilisée du droit et des tribunaux. Mais il n’existe sans doute pas d’autre justice possible dans une guerre en cours.

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Le risque d’en faire un martyr

Ce genre de liquidations tire aussi sa popularité de l’espoir qu’il peut affaiblir, voire abattre, le mouvement visé. Mais l’histoire nous apprend que c’est rarement le cas. L’exemple d’Oussama ben Laden est à cet égard éloquent. Son organisation, Al-Qaida, a été acculée dans ses derniers retranchements par l’invasion américaine de son sanctuaire afghan. Elle n’a guère souffert de la mort de son dirigeant historique. Dans les années qui ont suivi, elle s’est même renforcée dans plusieurs théâtres d’opérations comme le Yémen et la Syrie.

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L’exemple le plus spectaculaire d’effondrement d’un groupe armé suite à la neutralisation de son chef est celui de la guérilla maoïste péruvienne du Sentier lumineux qui n’a pas résisté à la détention de son chef, Abimael Guzman, en 1992. Mais justement, il s’est agi d’une arrestation et non d’une exécution. Arrestation qui avait permis aux autorités de Lima de l’humilier publiquement en le présentant, vêtu d’un uniforme rayé de prisonnier, dans une cage, où ses vociférations ont paru subitement aussi bestiales que dérisoires.

C’est à cette aune qu’il faut sans doute interpréter l’insistance avec laquelle Donald Trump a décrit dimanche les derniers instants d’Abou Bakr al-Baghdadi, dépeint comme un lâche n’hésitant pas à entraîner dans sa mort certains de ses enfants. En tuant leur ennemi, les Etats-Unis ont pris le risque de le transformer en martyr. Ils se doivent de tout faire pour détruire sa réputation.