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En deux clics, YouTube nous plonge dans des histoires de vie, et de mort.
© Finwal81/123RF

La vie à 25 ans

La mort en face sur YouTube

OPINION. Sur le site de vidéos, on trouve de tout, y compris des inconnus qui filment leur combat contre la maladie. Plus que des dérives narcissiques, ces images montrent une réalité sans filtre

Je passe un peu trop de temps sur YouTube. Comme pas mal de mes contemporains, j’ai exploré, au fil des années, ses recoins les plus inavouables. A l’adolescence, c’étaient les tutos coiffure et leurs fichues tresses hollandaises, que j’essayais frénétiquement de reproduire jusqu’à en avoir des crampes. Puis il y a eu la mode des «vlogs» de voyage, ou comment vivre par procuration les aventures de jeunes écervelés qui sautent à l’élastique en Birmanie. Aujourd’hui, je consomme d’obscures vidéos de relaxation pour m’aider à dormir. Et je regarde des inconnus mourir.

J’ai découvert la face glauque de YouTube par hasard. Un soir, en cliquant sur une vidéo recommandée, j’ai rencontré Emily Hayward. Cette fille m’a tout de suite plu. A 23 ans, originaire du sud de l'Angleterre, elle avait choisi comme tant d'autres de filmer son quotidien: les sorties, les entraînements au fitness… son combat contre le cancer.

Depuis le dépistage de son mélanome, en 2010, Emily enchaînait les chimiothérapies. Espoirs, rechutes, elle partageait tout avec 20 000 abonnés fidèles, à l'affût de chaque nouvelle, de chaque diagnostic. Vœux de rétablissement et prières en guise de commentaires. Comme eux, je me suis prise à m’immiscer dans les salles d’attente et les chambres d’hôpital, à vivre les moments les plus intimes de cette forte tête, bien décidée à faire un pied de nez à sa «phase terminale». Jusqu’au jour où la maladie a emporté Emily. Et m’a laissée face à un vide immense, virtuel et tellement palpable.

Tomber le masque

Comme elle, ils sont des dizaines à documenter le crépuscule de leur vie. Mais pourquoi filmer ses derniers moments? Par narcissisme, diront certains. Et pourquoi regarder? Curiosité malsaine, dénonceront d’autres. Il y a un peu de tout ça. Suivre ces condamnés, c’est une manière égoïste de relativiser, de se dire qu’on n’est pas si mal barré, après tout. Mais aussi d'entrevoir un flash brut, violent, d’humanité.

Oubliez les filtres Instagram, la lumière tamisée, les duckfaces: ici, les malades tombent le masque et laissent poindre leur peur panique, leur révolte désespérée. Je me souviens de ce visage émacié, gémissant que tout était «trop injuste», avant d'énumérer, volubile, ses projets d’avenir.

Sur YouTube, la mort est telle qu’elle est vraiment: terrifiante, imprévisible, pas glamour pour un sou. Alors, aussi étrange que cela puisse paraître, à travers mon écran, j’ai comme l’impression de regarder la vie, la vraie, droit dans les yeux.

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